vendredi 2 avril 2010

CHRONIQUES D'UN PRINTEMPS A PARIS













Les livres de tous les matins du monde
Paris.
En cette fin mars, le printemps installe laborieusement ses quartiers. Paris, en pareille période, est un mélange d'averses et d'éclaircies soudaines.
Qu'importe, Paris vaut bien quelques gouttes d'eau ! Chaque printemps, depuis trente ans, se tient le Salon du Livre de Paris. Rendez-vous du livre et des écrivains qui compte parmi les plus prestigieux du monde.
Ce sera la trentième édition se tenant à la porte de Versailles du 26 au 31 mars. C'est en fait le chapiteau de la librairie la plus grande de France et de Navarre.
Deux cent mille visiteurs sont attendus....Paradoxe, car en même temps, on observe une désaffection dans les librairies ordinaires accompagnée par un recul du chiffre d'affaire.
Et il se murmure sur le devenir du Salon des propos déconcertants, fruits de luttes sourdes et marchandes. Mais ne préjugeons pas avant la tenue du plus grand chapiteau français du livre. Ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que cette année, en rupture avec la tradition instaurée en 1989, il n’y aura pas de pays hôte dont la littérature sera au haut de l'affiche. N'en connaissant pas le vrai motif, votre serviteur sait au moins qu'il y a 30 écrivains qui sont à l'honneur au Salon. Il le tient de la bouche même de l'écrivain d'origine turque Nedim Gürsel (dont il a évoqué récemment les mésaventures judiciaires à cause d'un roman) et qu'il retrouve après un rendez-vous fixé il y a 15 ans! Rendez-vous raté à l'époque et, par les effets d'une cordiale mémoire fidèle, reporté à ce Salon de Paris.
Mais dans le voyage à Paris, il y a bien d'autres facettes, telle la visite d'un autre écrivain - quitté il y a vingt ans- à l'hôpital Saint-Antoine, qui se bat aujourd'hui contre le "Crabe". Ce sera, peut-être, le thème de notre prochaine chronique parisienne. Lecteur, merci de ta patience! Pour finir, ces vers lus dans le coin-bibliothèque de l'hôpital Saint- Antoine dans "Les Matinaux" de René Char:
"Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire des nœuds».
Paris. Salon du Livre: un vrai vertige de livres, de titres, d'image, de sons, d'auteurs, de lecteurs et de curieux! Le livre en crise? Mais qui a dit cette baliverne quand on voit les queues autour de certains auteurs. Auteurs à la renommée solidement arrimée aux médias. Tiens, voici Amélie Nothomb et son chapeau noir en forme de tuyau. On la dirait, le visage pâle, accusée par les sunlights, surgie d'un dessin animé fantastique. Animé aussi Fréderic Beigbeider, haute silhouette et chevelure romantique à la Musset post-moderne, évoquant la matière de ses livres: sa vie, et reconnaissant qu'il n'a guère d'imagination. Bien difficile de le croire quand on voit avec quel art il se met en scène... Plus sobre, Marc Lévy fait face à une interminable queue d'admirateurs. Des jeune, nombreux, dans les stands de B.D., de mangas et de littérature dite "héroic fantasy". Ici donc le rayon à sensations, portées par les grosses cylindrées de l'édition. Mais au salon du livre, il y aussi assurément de la littérature, des écrivains du monde, connus, ayant une véritable œuvre derrière eux ou des auteurs discrets ayant signé quelques titres qui survivront au pilon et à l'écume de la consommation éditoriale.
Le Salon de Paris fête donc ses 30 ans d'existence entre rumeurs et ruptures annoncées. Mais rappelons qu'il a été imité dans divers lieux du monde, initiant des innovations devenues courantes aujourd'hui, telles les lectures à haute voix, les cafés littéraires, et, vitrine de l'innovation française, c'est dans ses stands que fut présenté en première mondiale ce fameux "e-book». C'était en 2000, au début du troisième millénaire. Force est de constater, 10 ans après, que Gutenberg tiens toujours la barre malgré quelques percées notables consacrées notamment par les versions d'Amazon et d'Apple.
Mais le brave soldat Gutenberg peut encore dormir tranquille sur ses lauriers.
Le livre imprimé, le livre en papier fera encore trembler bien des forêts...On ne change pas du jour au lendemain de modèle industriel. .

Comme écrit dans une précédente chronique, cette année pas de pays particulièrement à l'honneur. C'est le monde entier qui est convié au salon de Paris. En clair, 90 "très grands auteurs français et étrangers" ont été invités autour du thème "raconter le monde". Y compris dans cette catégorie poids lourds se détachent selon la communication marketing des figures de proue, tels l'Américain Paul Auster, l'Italien Umberto Eco, le "Britannique" Salman Rushdie et la française Amélie Nothomb. Et, une gloire algérienne, Yasmina Khadra qui boxe aujourd'hui parmi les plus grands. Cette constellation d'auteurs était entourée d'une soixantaine d'écrivains français au prestige établi: Marie NDiaye, Emmanuel Carrère, Philippe Delerm, Eric-Emmanuel Schmitt, Philippe Sollers et l'inusable Jean d'Ormesson - qui a survécu à Jean Ferrat...Venait en renfort une myriade de trente auteurs, dans laquelle, notons -subjectivement- Franck Venaille, un poète (c’est si rare) et le turco-français Nedim Gürsel. Faisons vite, car votre serviteur a déjà évoqué a diverses reprises ce romancier auquel le lient amitié et connivence littéraire. Le rendez-vous pris il y aune quinzaine d'années a bien eu lieu. Au stand de la Turquie, élégant, accueillant et pourvu, comme il se doit de café turc. Nedim Gürsel, dédicaçait ses derniers titres. Faut-il le dire, il n’y avait pas la foule, par exemple, qui entourait la Darrieussecq mais des lecteurs d’estime, de bon goût et connaissance. Comme il se doit nous avons pris le café le lendemain avec un petit décalage, Nedim Gürsel avait zappé l'horaire d'été entré en vigueur. La veille, il avait passé une partie de la soirée avec un autre compatriote, écrivain au long cours, AbdelkaderDjemaï que votre serviteur a, hélas, raté. Mis comme ce dernier est un familier des « petits salons » du Sud, rendez-vous est pris pour celui de Balma qui n'en est pas et lequel joue aujourd'hui dans la cour des grands. L'ami oranais raté fut compensé, pour ainsi dire, par la rencontre d'une belabésienne d'adoption, la sémillante Maïssa Bey qi présentait au stand coloré des éditions de l'Aube son roman avec un titre emprunté au père Hugo.
C'est le moment de vous dire quelques mots sur la présence de l'édition algérienne: surtout des éditeurs, à quelques exceptions près, comme Lazhari Labter à la double casquette, éditeur (doublement d'ailleurs) et auteur présentait sa "Cuillère d'argent" chez son éditeur... français Zellige. Présence remarquable d'Anouar Benmalek interviewé par Canal Algérie en tant qu'auteur de réputation internationale. Nous avons pu le rencontrer enfin, à tête reposée, dans un café, hors du brouhaha du Salon, en compagnie de compatriotes, tel le chaleureux écrivain Yahia Belaskri, auteur d' « Un bus dans la ville », un roman qui retient l’attention de la critique. Nous avons peu parlé de roman, paradoxalement, avec A. Benmalek mais de poésie. Car sachez-le, il est encore temps, il est l'auteur d'un recueil de poésie...Au stand algérien, nous avons pu découvrir l'Agence algérienne pour le rayonnement qui pour mission d’” accompagner les arts et les artistes, aller sur les scènes du monde et accueillir les cultures étrangères". Selon le dépliant gracieusement offert, elle compte à son actif quelques manifestations d'envergure: Mois de Mahmoud Darwish, tournée hommage à Kateb Yacine etc. A Toulouse, disons-le par procuration, elle est attendue avec ardeur...Stand d'Algérie, au-delà des livres, c'est la chaleur humaine, retrouvailles et accolades assurées. Ainsi retrouvés : « l'âme » de la librairie de la librairie du Tiers monde, li Bey Abderrahmane, intégrée au puissant groupe Casbah éditions présent en force, en la personne de l'un des ses directeurs éditoriaux, le romancier Mouloud Achour et ses titres qui touchent à toutes les disciplines. Omar Lardjane, notre ancien professeur de droit et sa charmante épouse, toujours au fait de l'actualité intellectuelle et littéraire, le cinéaste Ali Akika dont le film documentaire sur le dernier Festival panafricain d'Alger était programmé au Centre culturel algérien (qu’il pardonne la "désertion" du provincial, dérouté par le métro parisien, et en guise d’excuses, invitation lui est lancée en la Ville rose...).
Chaleureuses retrouvailles avec Hadj-Miliani, le spécialiste du raï et universitaire chercheur en lettres avisé. Nos souvenirs communs remontent à la préhistoire du mouvement des ciné-clubs algériens. Au festival d'Avignon, il y a le "in" et le "off". Pour la littérature algérienne, il en fut de même. Rachid Boudjedra, que l'on peut considérer maintenant comme le doyen des romanciers algériens présentait « Chez Dahbia » (dans le 2è arrondissement, non loin des Halles historiques) son dernier né : « Le figuier de barbarie » (édition Grasset, 2010). Grand monde pour le lancement parisien de son roman qui fera l’objet d’une tournée dans l’Hexagone. Parmi les présents, des écrivains : Norredine Saadi, Arezki Metref, Habib Tengour, les réalisateurs Nasserdine Guenifi (auteur aussi d'un livre sur Ahmed Bey) et Omar Lekloum qui s’est mis aux pinceaux à défaut de caméra.
On pouvait aussi remarquer le musicien Kamel Hamadi et sa fille (une pensée à sa la chanteuse Noura éprouvée par la maladie)… C’est dire que Rachid Boudjedra reste incontournable dans le paysage littéraire maghrébin.
Votre serviteur a fait d’autres rencontres, entre une sorte de pèlerinage et un exercice de fidélité : Mourad Bourboune, l’auteur de l’impérissable « Muezzin », Abdellatif Laâbi, le poète et protagoniste de la passion maghrébine, Prix Goncourt de poésie 2009 qui présentait son dernier titre : « Le Livre imprévu », un récit sur lequel nous reviendrons.
Wacini Laaredj, le romancier et universitaire algérien -qui se remet fort heureusement d’une alerte cardiaque - (par la même signalons que l’homme d’engagement politique et l’une des plus anciennes figures intellectuelles algériennes, Sadek Hadjerès vient de subir une opération à cœur ouvert dont il se remet lentement. Prompt rétablissement à ce dernier!)-
Wacini Laardj nous a accueillis chez lui, avec mon compère Mohamed Zaoui, avec urbanité et chaleur, nous donnant l’occasion de revisiter quelques moments du patrimoine littéraire algérien de langue arabe, lui dont l’œuvre est traduite dans différentes langues du monde, intellectuel ennemi du sectarisme et prodigue en tolérance. Visite à l’exposition de l’artiste-peintre Hamid Tibouchi qui donne à voir un riche éventail de ses créations plastiques et picturales à la Médiathèque
de Rambouillet (où l’on garde un souvenir littéraire ému du regretté écrivain Rabah Belamri), rencontre avec le poète Bernard Mazo dont Hamid Tibouchi a accompagné graphiquement le dernier recueil « La cendre des jours ».
Retrouvaille au stand le Temps des cerises avec son directeur, le poète Francis Combes connu à l’époque où il était Apprenti du printemps.
Rencontre tonifiante ave le photographe international du Sahara, Alain Sèbe, familier du Tassili n'Ajjer qui accompagnera en principe le documentaire sur feu Othmane Baly, le chantre targui que le journaliste Mohamed Zaoui tente de monter avec persévérance - (et dont je fus l’hôte et qui a rendu avec son épouse possibles ces chroniques des deux rives de Paris)-.
Terminons provisoirement par cette citation : Comment me vint l’écriture ? Comme un duvet d’oiseau sur ma vitre en hiver… René Char.


Chroniques parues dans le quotidien algérien francophone Algérie News

1 commentaire:

VESCERIEN a dit…

Bonjour!
Enfin,je te retrouve.Quoique j'étais fatigué de chercher certains anciens que je n'arrivais plus à retrouver.Remarque bien,je ne te vouvoie pas,tu fais partie des miens.
Rappelle toi: Algérie Actualité, REVAF,Horizon à ses débuts....
Rappelle-toi:Balhi, Tahar Djaout, Youcef Sebti, Nadhir Sbaa..........Abdou B,Josie Fanon..........................
Tu ne me connais pas, peut-être, mais ceux que j'ai cités et d'autres encore nous lient.
Bien sûr,pour moi,tu fais partie des honorables.
Enfin, merci pour cette présentation originale.Si,personnellement,j'ai reconnu les photos des têtes qui sont miennes,je dirais que beaucoup d'autres personnes pourraient bien n'en reconnaître qu'une ou deux .
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Enfin, moi si j'aime l'écriture, c'est parce que j'aime mon frère l'homme.