mardi 13 septembre 2016
"Le roman que n'a pas écrit Naguib MAHFOUZ"
MEMOIRE
NAGUIB MAHFOUZ (1911-2006)
''Le roman que n’a pas écrit Naguib Mahfouz''
Le roman que n’a pas écrit Naguib Mahfouz
Quel roman aurait écrit Naguib Mahfoud sur l’Egypte d’aujourd’hui s’il était encore de ce monde ? La question pour sembler saugrenue n’est pas illogique. Car il avait consacré précédemment au règne de chacun des deux prédécesseurs de Hosni Moubarak un roman. A Nasser : ‘’Karnak café », écrit en 1971 sous Sadate.
Naguib Mahfoud, avec son art de raconter une histoire, y solde ses comptes avec l’ère nassérienne. Marquée par une réelle ferveur révolutionnaire au début de son avènement, elle se dénature progressivement et se corrompt moralement de l’intérieur en laissant s’instaurer la suspicion, l’exclusion et la répression. Au prétexte qu’on ne doit parler que d’une seule voix car l’ennemi fait planer sa menace sur le pays. Il faut le dire, à l’époque, ce n’était de simples fantasmes.
Mais à grands renfort de discours triomphalistes, le régime devient aveugle idéologiquement et cruel bureaucratiquement en broyant ceux-là même qui croient en lui. Quand l’ennemi décidera de frapper, le régime s’écroulera, impuissant, victime de ses illusions et de son arbitraire. Sans phrases ronflantes, Mahfoud retrace le désenchantement d’un groupe de jeunes sincèrement idéalistes qui se retrouveront humiliés, trompés et désabusés par un manipulateur de la police politique Naguib Mahfoud dissèque dans « Karnak Café » les « maladies infantiles » du nassérisme qui ont conduit à sa défaite de Juin-67.
Mais le mythe de Nasser a survécu à son naufrage politique. Dans les manifestations populaires qui embrasent actuellement l’Egypte, il n’est pas étonnant de voir ça et là dans la foule ses portraits brandis. Si ses Moukhabarates n’étaient pas des tendres, Nasser n’avait jamais fait tirer sur son peuple ou l’affamer. Il avait incarné un rêve de liberté qui n’avait pas tenu toutes ses promesses. Il est mort cependant adulé par son peuple.
Ismaïl al-Cheikh, Zeinab Diyab et Helmi Hamada, les héros tragiques de ’’Karnak café’’ doivent être aujourd’hui à Maydène Ettahrir.
« Le jour de l’assassinat du leader », roman court, (ou plutôt une longue nouvelle écrit en 1989, sous Hosni Moubarak) raconte l’histoire d’une famille accablée par les conséquences de l’Infitah inauguré par le président Sadate.
L’Egypte eut pour ainsi dire, son 5-Octobre en 1978 avec « les émeutes du pain ». Et, on sait comment finit Sadate...
Naguib Mahfoud, excelle à décrire les affres du petit peuple. Il a campé des personnages si vrais qu’ils ont fini comme par servir de modèle aux vivants.
Après une parenthèse faite de récits métaphorique sur la revendication d’indépendance nationale au travers d’une plongée historique au temps des pharaons, Naguib Mahfoud, donna vie des œuvres moulées dans l’écriture réaliste, voire avec ,notamment, Le Nouveau Caire (1945), Le Passage des miracles (1947) et Vienne la nuit (1949) dans lesquels il a peint avec profondeur et couleur la composante sociale du Caire au début du XXe siècle.
Ils furent suivis en 1956-1957 par la fameuse Trilogie de mil cinq cent pages comprenant L'Impasse des deux palais, Le Palais des désirs et Le Jardin du passé. Dans cette vaste fresque historique il retrace le parcours de trois générations de la révolution nationale de 1919 à l’agonie de la monarchie. C’était la saga d’une famille, celle-ci bourgeoise cairote qui assiste à la disparition de l’Egypte traditionnelle et doit se prononcer face à des choix historiques cruciaux pour l'avenir de la nation.
En 1959, Naguib Mahfoud publia-en feuilleton dans les colonnes d’Al-Ahramh - Les fils de la Médina. L'ouvrage fut stigmatisé par Al Azhar...
Œuvre pharaonique que celle de Naguib Mafouz, tissée de correspondances entre fait littéraire et effets de l’histoire, l’osmose qu’elle peut atteindre parfois avec son présent et ses résonances dans le futur. Et bien que n’ayant rien d’un radical en politique et comblé d’honneurs, le vieil homme eut des principes et sut dire son fait au Prince restant fidèle aux plus humbles.
Le peuple égyptien, il faut lui rendre justice, a expérimenté, pour ainsi dire, en « leader », souvent à ses dépens, maintes percées et maintes mésaventures historiques : la lutte pour son indépendance nationale la « révolution de juillet », l’économie étatisée, la prépondérance de la classe militaire, les ravages des moukhabarates ; les guerres avec Israël, les défaites militaires, la « pax americana »…l’irruption de l’intégrisme, l’Infitah , (le mot arabe pour libéralisme) les dénationalisations, privatisations, les émeutes de la faim, les catastrophes naturelles et celles qui ne l’étaient guère, l’assassinat d’un président et la question cruciale succession de la démocratie et de la justice sociale et de l’alternance en république… Mais ne dit-on pas de l’Egypte qu’elle est la mère du monde, Oum Eddounia ?
Sur ses vieux jours, Naguib Mahfouz, à ce jour le seul Nobel de littérature dans le monde arabe à ce jour, fut lâchement agressé par un "illuminé". A sa mort, Moubarak lui fit des funérailles nationales.
Aujourd’hui le raïs Moubarak , vieilli, usé par l’exercice du pouvoir, est dans l’œil du cyclone, et on ne sait par quelle porte il sortira de l’actualité .
Naguib Mahfouz na’ pas écrit « L’automne du patriarche ». C’est son homologue du Nobel le Colombien Garcia Marquez qui l’a signé. Mais Naguib Mahfouz nous aurait sûrement étonnés par le roman que nous ne lirons pas.
Abdelmadjid KAOUAH
NAGUIB MAHFOUZ (1911-2006)
''Le roman que n’a pas écrit Naguib Mahfouz''
Il y a dix ans, le 30 août 2006, Naguib Mahfouz nous a quittés.
Pour mémoire une chronique publiée au début de ce qu'on appellera
thawrah 25 yanāyir, révolution du 25 janvier 2011.L'occasion d'évoquer
le cheminement littéraire de Naguib Mahfouz avec le regret d'avoir raté
le grand roman qu'il aurait pu consacrer à la chute de Moubarek. Au
même que pour ses prédécesseurs...Voici le texte de cette chronique
telle qu'elle est parue à l'époque dans les colonnes de feu Djazaïr
News...Le roman que n’a pas écrit Naguib Mahfouz
Quel roman aurait écrit Naguib Mahfoud sur l’Egypte d’aujourd’hui s’il était encore de ce monde ? La question pour sembler saugrenue n’est pas illogique. Car il avait consacré précédemment au règne de chacun des deux prédécesseurs de Hosni Moubarak un roman. A Nasser : ‘’Karnak café », écrit en 1971 sous Sadate.
Naguib Mahfoud, avec son art de raconter une histoire, y solde ses comptes avec l’ère nassérienne. Marquée par une réelle ferveur révolutionnaire au début de son avènement, elle se dénature progressivement et se corrompt moralement de l’intérieur en laissant s’instaurer la suspicion, l’exclusion et la répression. Au prétexte qu’on ne doit parler que d’une seule voix car l’ennemi fait planer sa menace sur le pays. Il faut le dire, à l’époque, ce n’était de simples fantasmes.
Mais à grands renfort de discours triomphalistes, le régime devient aveugle idéologiquement et cruel bureaucratiquement en broyant ceux-là même qui croient en lui. Quand l’ennemi décidera de frapper, le régime s’écroulera, impuissant, victime de ses illusions et de son arbitraire. Sans phrases ronflantes, Mahfoud retrace le désenchantement d’un groupe de jeunes sincèrement idéalistes qui se retrouveront humiliés, trompés et désabusés par un manipulateur de la police politique Naguib Mahfoud dissèque dans « Karnak Café » les « maladies infantiles » du nassérisme qui ont conduit à sa défaite de Juin-67.
Mais le mythe de Nasser a survécu à son naufrage politique. Dans les manifestations populaires qui embrasent actuellement l’Egypte, il n’est pas étonnant de voir ça et là dans la foule ses portraits brandis. Si ses Moukhabarates n’étaient pas des tendres, Nasser n’avait jamais fait tirer sur son peuple ou l’affamer. Il avait incarné un rêve de liberté qui n’avait pas tenu toutes ses promesses. Il est mort cependant adulé par son peuple.
Ismaïl al-Cheikh, Zeinab Diyab et Helmi Hamada, les héros tragiques de ’’Karnak café’’ doivent être aujourd’hui à Maydène Ettahrir.
« Le jour de l’assassinat du leader », roman court, (ou plutôt une longue nouvelle écrit en 1989, sous Hosni Moubarak) raconte l’histoire d’une famille accablée par les conséquences de l’Infitah inauguré par le président Sadate.
L’Egypte eut pour ainsi dire, son 5-Octobre en 1978 avec « les émeutes du pain ». Et, on sait comment finit Sadate...
Naguib Mahfoud, excelle à décrire les affres du petit peuple. Il a campé des personnages si vrais qu’ils ont fini comme par servir de modèle aux vivants.
Après une parenthèse faite de récits métaphorique sur la revendication d’indépendance nationale au travers d’une plongée historique au temps des pharaons, Naguib Mahfoud, donna vie des œuvres moulées dans l’écriture réaliste, voire avec ,notamment, Le Nouveau Caire (1945), Le Passage des miracles (1947) et Vienne la nuit (1949) dans lesquels il a peint avec profondeur et couleur la composante sociale du Caire au début du XXe siècle.
Ils furent suivis en 1956-1957 par la fameuse Trilogie de mil cinq cent pages comprenant L'Impasse des deux palais, Le Palais des désirs et Le Jardin du passé. Dans cette vaste fresque historique il retrace le parcours de trois générations de la révolution nationale de 1919 à l’agonie de la monarchie. C’était la saga d’une famille, celle-ci bourgeoise cairote qui assiste à la disparition de l’Egypte traditionnelle et doit se prononcer face à des choix historiques cruciaux pour l'avenir de la nation.
En 1959, Naguib Mahfoud publia-en feuilleton dans les colonnes d’Al-Ahramh - Les fils de la Médina. L'ouvrage fut stigmatisé par Al Azhar...
Œuvre pharaonique que celle de Naguib Mafouz, tissée de correspondances entre fait littéraire et effets de l’histoire, l’osmose qu’elle peut atteindre parfois avec son présent et ses résonances dans le futur. Et bien que n’ayant rien d’un radical en politique et comblé d’honneurs, le vieil homme eut des principes et sut dire son fait au Prince restant fidèle aux plus humbles.
Le peuple égyptien, il faut lui rendre justice, a expérimenté, pour ainsi dire, en « leader », souvent à ses dépens, maintes percées et maintes mésaventures historiques : la lutte pour son indépendance nationale la « révolution de juillet », l’économie étatisée, la prépondérance de la classe militaire, les ravages des moukhabarates ; les guerres avec Israël, les défaites militaires, la « pax americana »…l’irruption de l’intégrisme, l’Infitah , (le mot arabe pour libéralisme) les dénationalisations, privatisations, les émeutes de la faim, les catastrophes naturelles et celles qui ne l’étaient guère, l’assassinat d’un président et la question cruciale succession de la démocratie et de la justice sociale et de l’alternance en république… Mais ne dit-on pas de l’Egypte qu’elle est la mère du monde, Oum Eddounia ?
Sur ses vieux jours, Naguib Mahfouz, à ce jour le seul Nobel de littérature dans le monde arabe à ce jour, fut lâchement agressé par un "illuminé". A sa mort, Moubarak lui fit des funérailles nationales.
Aujourd’hui le raïs Moubarak , vieilli, usé par l’exercice du pouvoir, est dans l’œil du cyclone, et on ne sait par quelle porte il sortira de l’actualité .
Naguib Mahfouz na’ pas écrit « L’automne du patriarche ». C’est son homologue du Nobel le Colombien Garcia Marquez qui l’a signé. Mais Naguib Mahfouz nous aurait sûrement étonnés par le roman que nous ne lirons pas.
Abdelmadjid KAOUAH
lundi 29 août 2016
Abdelmajid KAOUAH : Que pèse une vitre qu’on brise
Quarante ans de poésie dans un recueil
Profonds et lapidaires, hantés par le souvenir des compagnons
assassinés ou traversés par les douleurs de l’exil, les poèmes du
recueil Que pèse une vitre qu’on brise de Abdelmadjid Kaouah témoignent
de plus de quarante ans d’écriture et de la place du poète dans
l’histoire de la poésie algérienne francophone.
Ce recueil de 86 pages, paru aux éditions algériennes Arak, rassemble une quarantaine de textes, pour la plupart inédits, écrits par Abdelmadjid Kaouah entre 1972 et 2014, offrant aux lecteurs une occasion de découvrir ou de redécouvrir une verve poétique constante, marquée par des drames humains dans l’Algérie contemporaine. Présentés selon un ordre plus ou moins chronologique, ces textes portent également des hommages à d’autres poètes algériens comme Tahar Djaout, Youcef Sebti et Jean Sénac (tous trois assassinés), ou étrangers comme l'immense Mahmoud Darwish et le poète bosniaque Izet Sarajlic. Témoins de l’«être fraternel» du poète, comme l’écrit Djamel Amrani — autre grand poète algérien dont un article sur Kaouah est inséré au livre —, ces poèmes dédiés, parmi les plus poignants du recueil, replongent aussi les lecteurs dans l’horreur de la violence terroriste des années 1990.
Ce recueil de 86 pages, paru aux éditions algériennes Arak, rassemble une quarantaine de textes, pour la plupart inédits, écrits par Abdelmadjid Kaouah entre 1972 et 2014, offrant aux lecteurs une occasion de découvrir ou de redécouvrir une verve poétique constante, marquée par des drames humains dans l’Algérie contemporaine. Présentés selon un ordre plus ou moins chronologique, ces textes portent également des hommages à d’autres poètes algériens comme Tahar Djaout, Youcef Sebti et Jean Sénac (tous trois assassinés), ou étrangers comme l'immense Mahmoud Darwish et le poète bosniaque Izet Sarajlic. Témoins de l’«être fraternel» du poète, comme l’écrit Djamel Amrani — autre grand poète algérien dont un article sur Kaouah est inséré au livre —, ces poèmes dédiés, parmi les plus poignants du recueil, replongent aussi les lecteurs dans l’horreur de la violence terroriste des années 1990.
L’évocation de cette époque où «L’on arme la haine/ A coup de versets
inversés» est différemment présentée par le poète, selon les textes : de
strophes incantatoires et puissantes, énumérant des noms de victimes
dans Maison livide (1994), elle devient une vision de «femmes en noir»
posant des «talismans» pour conjurer le «règne de l’oubli». L’exil
européen du poète après ces années de «folie» et d’«enfer» constitue un
autre thème majeur du recueil que le poète explore avec autant de
diversité. Dans Les portes de l’exil s’ouvrent à Blagnac, Kaouah
s’interroge avec amertume : «Qu’est-ce qu’un aéroport ?», sinon un
«Commerce de l’absence/ Une maison close puant de nostalgies», alors que
dans d’autres, il convoque la figure mythique d’Ulysse. Cette référence
récurrente au héros de L'Iliade renseigne également sur l’ancrage
méditerranéen du poète, comme l’explique le sociologue espagnol Jordi
Estivill dans l’avant-propos du recueil.
L’évocation de la mer est aussi présente lorsque qu'il s’agit pour Kaouah de parler de ses années de jeunesse dans sa ville natale de Aïn-Taya, une référence à la nature, très présente, surtout dans les plus vieux textes du recueil.
Accompagné de reproductions de tableaux du peintre Djamel Merbah, que pèse une vitre qu’on brise constitue un événement éditorial rare en Algérie où la poésie n'est quasiment plus publiée.
L’évocation de la mer est aussi présente lorsque qu'il s’agit pour Kaouah de parler de ses années de jeunesse dans sa ville natale de Aïn-Taya, une référence à la nature, très présente, surtout dans les plus vieux textes du recueil.
Accompagné de reproductions de tableaux du peintre Djamel Merbah, que pèse une vitre qu’on brise constitue un événement éditorial rare en Algérie où la poésie n'est quasiment plus publiée.
Il se veut également,
par sa qualité d’édition, un juste hommage à ce poète discret et peu
cité dans les travaux sur la poésie. Né dans les années 1950 en Algérie
et établi en France depuis les années 1990, Abdelmadjid Kaouah est
l’auteur d’une vingtaine de recueils, parus en Algérie et en France.
Egalement journaliste et chroniqueur littéraire, il a notamment dirigé
Quand la nuit se brise, une des meilleures anthologies de la poésie
algérienne francophone parue à ce jour.
Fodhil Belloul
mercredi 17 août 2016
MESSAOUR BOULANOUAR 1933-2015 : Semeur de conscience
''Je vous écris de Sour El Ghozlane ''
Comment Messaour Boulanouar n’aurait-il pas écrit
« La meilleure force », la
seule grande épopée de notre « libération », s’exclamait Jean Sénac.
La Meilleure force est un long poème de 7000 vers
qui forme, selon Tahar Djaout,
« une sorte de cosmogonie de la souffrance et de la
revendication…le reflet de l’univers concentrationnaire et de l’horreur
quotidienne où tout un peuple vivait ».
Messaour Boulanouar, surnommé « El Kheïr »,
est né en 1933, quelques années au lendemain du centenaire de la Conquête
coloniale de l’Algérie. Il a donc grandi, vécu sa jeunesse sous la
colonisation.
Et très tôt pris
conscience de l’injustice qui était faite aux siens. Quelques personnes et
des lectures surtout ont ponctué
son cheminement dans la vie et la création, telle la sœur de Maurice Audin rencontrée à Sour el Ghozlane, (ex-Aumale),
où elle enseignait en compagnie de son mari. Et il eut pour condisciple la plus jeune. Il se
souvenait que de temps à autre Maurice Audin faisait le voyage à Aumale.
Malgré le temps, l’âge, les épreuves, Messaour
Boulanouar pouvait encore réciter de
mémoire les « récitations » apprises à l’école. Victor Hugo, il le connaissait mieux que certains chercheurs. Il m’avait
confié qu’il avait été à la fois déçu et fasciné par Hugo. Ce dernier n’était-il pas ainsi
emblématique de tous ces écrivains du XIXe siècle qui avaient applaudi à la
Conquête ? Tel son rival, Lamartine qui se déclarait
« oriental » à tout jamais et cependant fervent soutien la conquête
de l’Algérie… Mais Hugo a évolué, d’autres non…Il suffit de lire dans
« Les Châtiments », le poème qu’il a consacré à l’Emir Abdelkader.
A 17 ans, le futur auteur de « La meilleure
force », pauvre et malade, interrompit ses études secondaires. Et plus tard, il est éveillé très tôt au
nationalisme, mortifié par les exactions de la puissance coloniale française et édifié sur ses
vaines promesses au lendemain de la seconde guerre mondiale : 8-mai 1945,élections
à la
Naegelen soldées , notamment, dans la région de Sour El Ghozlane,
à Dechmiya , par la mort de plusieurs
algériens . Il fut aussi nourri des poètes de la Résistance française et des
camps de la seconde guerre mondiale - et dont il connaissait encore par cœur certains poèmes comme il
pouvait réciter de mémoire du chir el melhoun
à tous vents. N’est-il pas le petit-fils d’une poétesse du terroir. ?
Il ne tarda pas à passer au militantisme
actif,
connaîtra ainsi la prison de Serkadji entre 1956-1957.C’est en
prison qu’il conçoit dans sa tête
« La meilleure force « qui s’ouvre sur « J’écris pour que la vie soit respectée par tous ».
Premières années de l’indépendance.
Années d’enthousiasme après la guerre…
Messaour s’engage dans l’action culturelle et poétique.
L’église de Sour El devient un centre culturel. Jean Sénac se déplace pour un récital mémorable. « La
meilleure force », (comme «
Algérie, capitale Alger » d’Anna Gréki), ne connaîtra pas une diffusion publique. Juste une
recension dans une édition
d’Algérie-Républicain introuvable, parue
de la veille du 19-Juin… Messaour
et Gréki seront voués à une inexplicable
réclusion en matière d’édition. Et « Dame- Sned » ne fera que l’aggraver.
Seules les éditions L’Orycte à Sour El Ghozlane ouvriront des brèches dans
cette situation par la publication de plusieurs plaquettes de qui sont devenues
aujourd’hui des incunables… » : « Raisons de dire » (1976);
Comme un feu de racines, (1977), « Sous peine de mort », (1981).
‘’J’écris une poésie d’un autre âge », s’obstinait
à répéter Boulanouar . Ce qui signifiait dans sa en
clair : ‘’Je n’écris pas pour me distraire ou distraire ». Et
pourtant s’entassaient recueil sur recueil, indéfiniment repris sur
le métier (sur sa bonne vieille Japy), splendidement
agencés et n’ayant déjà rien à envier à un ouvrage édité ! Et à faveur d’une commémoration du 1er
Novembre, on se rappela de l’ancien Moudjahid et une somme de ses poèmes fut
éditée à l’Anep.
Dans l’un de ses rares entretiens, en 1981, il déclarait à feu Tahar Djaout : « La
poésie se trouve en danger, dans ce pays même où la magie du verbe accompagnait
partout le peuple dans son travail et dans ses fêtes : chansons de
moissonneurs, chansons de la tonte des moutons, chansons du tissage de la laine,
chansons de toutes les touiza ancrées au plus profond de notre paysannerie. ».
Cri de vigie inquiète. A-t-il été entendu ? Le poète propose…Il se voulait avant
tout « …semeur de conscience/ Au
chant brûlé d’avance »
Les années 90 mortifères vont
conduire Messaour Boulanouar à
sonder un autre malheur, cette fois- fratricide en « terre triste en
l’espoir où nous parlons de suie/ de
mort sauvage en terre ignoble nuit de salpêtre ». Comment a- t-il- résisté
au « long chagrin de fleur ternie de pierre amère » ? Par
le poème ? C’est son secret.
Il a
longtemps connu et échanger avec
Kateb Yacine et d’autres poète contemporains,
voyagé mais n’as jamais quitté ta
ville. C’est sa meilleure force. Sa vie
a été vouée à l’écriture poétique.
Loin de la capitale et de ses vernis, il
est resté fidèle à sa ville
natale où il a écrit l’essentiel de son œuvre. D’ailleurs, l’un de ses recueils
s’intitule : « Je vous écris de Sour El Ghozlane ». Sour El Ghozlane , Le rempart des Gazelles où non loin se
trouve le tombeau de Takfarinas en déshérence...
Adieu El-Kheir !
Abdelmadjid Kaouah
____________________
Messaour BOULANOUAR,l'auteur de La Meilleure
force ( Editions du Scorpion, 1963) l
est décédé le 14 novembre 2015.
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