lundi 1 décembre 2008

Jean-Claude XUEREB: JE PARLE D'UNE VILLE...


Jean-Claude XUEREB

Né en 1930 sur les hauteurs d'Alger, ville où il passe enfance et jeunesse et poursuit ses études. Il assiste, en mars 1948, aux rencontres de Sidi Madani, où il approche Camus, Dib, Roblès, Sénac...En 1952, il rencontre à la Fac d'Alger Jamel Eddine Bencheikh qui devient son ami. Fin 1961, il rejoint définitivement la France avec femme et enfants et il entre dans la magistrature qu'il quittera en 1991. A partir de 1962 s'instaure une durable amitié avec René Char.
Entré au conseil de la rédaction de la Revue SUD à Marseille en 1993, il prépare en 1995 un numéro hors série de cette revue :''Algérie l'exil intérieur'' ( textes de 33 écrivains nés en Algérie). Il participe à l'animation des ''Rencontres méditerranéennes Albert Camus à Lourmarin'', entre 2000 et 2004, auxquelles sont conviés notamment des écrivains algériens. Il est invité au ''Printemps des poètes''à Tunis en mars 2002 et à Alger en mars 2003. Il participe et intervient à deux colloques consacrés à Camus en Algérie, l'un à Oran en octobre 2004, l'autre à Alger et Tipasa en juin 2005.
Une douzaine de recueils de poèmes paraissent chez Rougerie, de ''Marches du temps (1970) à ''Passage du témoin'' ( 2004) A paraître début 2008 : ''Entre cendre et lumière''. A collaboré à de nombreuses revues poétiques.
Il partage sa vie entre Avignon et une maison parmi les garrigues de l'Uzège.

Poème '' Vacance d'une ville'', écrit après mon dernier voyage de juin 2005 à Alger, dans mon recueil '' Entre cendre et lumière'', chez Rougerie.




‘’…Pour ceux qui connaissent les déchirements du oui et du non, de midi et des minuits, de la révolte et de l’amour, pour ceux qui aiment les bûchers devant la mer, il y a, là-bas, une flamme qui les attend.’’ Albert Camus ( Petit guide pour des villes sans passé) ‘’L’été ‘’ - 1954




Vacance d'une ville

Je parle d’une ville d’enfance abolie
où les rues perdent mémoire de leur nom
les maisons y ensoleillent leur épiderme
en lumière et des arcades fusent les souffles
inchangés de senteurs et de fraîcheur marines


Une main effleura le poli d’une table
entrouvrit les hauts battants d’une bonnetière
sur la blancheur d’un linge au parfum de lavande
bientôt se figerait le cœur de la pendule


Les portes furent soigneusement verrouillées
dans l’illusoire persuasion d’un retour
sac et valise en mains pour l’ultime voyage
parmi l’anxiété d’une foule vers l’exil

Ni cyclone ni séisme entre ciel et terre
mais à travers le rythme brutal des saisons
une dispersion de fourmilière affolée
sous un piétinement aveugle de débâcle
puis la paix soudaine d’une veillée d’arme


Des hauteurs les villas volets clos s’ensommeillent
allées de jardins alanguis au soleil
hamac ou chaise longue à rêver d’une sieste
les fleurs assoiffées s’affaissent sur leur tige


Peu à peu enfle la rumeur d’une autre foule
qui envahit les rues fracture les portes
les bras chargés d’objets on crie on s’interpelle
dans la joie s’installent les nouveaux venus
s’appropriant l’intime d’une déshérence


Passe le temps sur la précarité des choses
en flux et en reflux de conflits et conquêtes
et puis glisse l’oubli les plaies se referment
l’histoire réécrit les griefs et les torts


L’une après l’autre s’efface l’ombre des corps
les tombes s’effondrent dans l’herbe et les racines
après dissipation des êtres quel écho
se répercuterait au mutisme des pierres

Ici revenu je ne suis qu’un visiteur
libéré des tourments de vaine nostalgie
voué à respirer l’innocence de l’air
à renouer avec les émois d’un enfant
guettant au bout des rues la vision du large



J’accueille d’un regard neuf l’éclat du matin
un rameau d’amandier rayonne de ma joie
ma gorge s’éblouit dans le sang d’une orange
je savoure la chair goulue des cerises
où mes lèvres pressent l’aréole d’un sein




Ainsi s’égaille la vacance d’une ville
par le chant réconcilié de la mémoire
dans une pause heureuse du temps retrouvé
car nulle frontière n’enferme le désir
lorsque l’amour féconde la chair du poème
J-C XUEREB












1 commentaire:

Souvenir(s) a dit…

Bonjour Joha,

Je vous transmets ce communiqué invitation pour la projection-débat autour du film
Henri Alleg, l'homme de La Question de Christophe Kantcheff.
Elle aura lieu le jeudi 15 octobre au Cin'Hoche de Bagnolet.

Très cordialement.
Marie




Appel des cent pour la paix - Bagnolet

vous invite à la

Projection – Soirée – Débat

***

« Henri ALLEG, l'homme de LA QUESTION »

Un film de Christophe Kantcheff (2009)

avec Henri Alleg, Carlo Brandt

*

JEUDI 15 OCTOBRE

Au CIN’HOCHE

à Bagnolet



En présence
d’Henri Alleg et de Christophe Kantcheff


19 h : Accueil autour du bar, sandwichs et librairie

20 h : Projection du film (Réservation conseillée)

** Libre participation aux frais **



Christophe KANTCHEFF est journaliste, auteur, critique culturel à POLITIS et réalisateur. L'une de ses dernières publications : « Être arabe » de Farouk Mardam-Bey, Elias Sanbar et Christophe Kantcheff chez Actes Sud.

Henri ALLEG auteur de LA QUESTION, publié en 1958 par les Éditions de minuit rapidement censuré par le Gouvernement français, dénonçant la torture par l’armée française pendant la Guerre d’Algérie, parlant de l’arrestation et de la disparition de Maurice AUDIN, est un militant anticolonialiste, militant communiste, ancien directeur d'Alger Républicain, écrivain. Il fait partie du Comité de parrainage du Tribunal Russel pour la Palestine. « Mémoire algérienne » publié chez Stock est son dernier ouvrage.



* Cin’hoche 6 rue Hoche 93170 Bagnolet, métro Galliéni, bus 76 (arrêt mairie de Bagnolet). Parking devant le cinéma et la mairie.


* Appel des cent pour la paix Bagnolet : bagnolet-paix@wanadoo.fr