mercredi 11 février 2009

ICONOCLASTE







Jean Genet : blessure de Palestine


Un Captif amoureux fut le dernier livre de Jean Genet. Une œuvre testamentaire, publiée l’année même de sa mort, en 1986. Il avait repris sa plume après de longues années de silence. Après l’horreur de Sabra et Chatila. Il avait consacré son livre, emblématiquement, à son compagnonnage avec la cause palestinienne pendant une quinzaine d’années. Homme d’engagement radical, il en avait déjà donné la mesure à l’égard des Algériens, des Vietnamiens et des Noirs-américains, plus précisément les Black Panthers. . Témoin solidaire dans les camps palestiniens et voix des sans-voix, il fait œuvre aussi de poète dans sa passion pour les minorités opprimées. Il a ainsi comparé le destin des Palestiniens à une tragédie shakespearienne. De ce compagnonnage avec les Palestiniens avec la résistance palestinienne inaugurée depuis Septembre noir en Jordanie à Sabra et Chatila au Liban, il retrace ainsi ses voyages à l’intérieur « d’une forêt de souvenirs, de réminiscences rebelles à la chronologie aux repères d’usage car « chaque souvenir , moins d’une goutte de parfum peut-être fait revivre l’instant défunt non selon sa fraîcheur vivante de cette époque mais autrement, , je veux dire revivant d’une autre vie ». Rien n’est fictif donc hormis l’art et la manière avec lesquels Jean Genet le fixe. Selon l’auteur, le lyrisme irréalise à l’époque les Palestiniens. Et la vague d’écrits sur la question escamote par l’excès d’images et de métaphores la consistance du fait palestinien. « Une espèce d’obscurité blafarde, une nuit de neige par exemple dissimulait tout, et la neige ne cessait de tomber, alors tout vraiment, tout, depuis la barrière du pré, le feddaï en sueur ou en sang la femme en couches, le bois des sapins, les camps, les boîtes de conserve, tout fut recouvert d’une couche de mots, toujours les mêmes et dissimulant en fin de compte tout ce qui avait trait à la Palestine… », écrit Jean Genet.
Faut-il ici rappeler l’emphase qui fit si longtemps office d’exorcisme de la tragédie palestinienne dans le monde arabe. Et qui par bien des côtés continue à sévit et à faire illusion et écran à la complexité des enjeux…
J.Genet l’avait bien vu : Entre l’injonction à combattre et l’étalage du lyrisme, la vocation tendait plutôt vers la deuxième alternative. Aussi avec beaucoup appréhendait-il l’utilité de son propre texte. Mais la puissance radioactive d’une attirance comme amoureuse dicte à l’écrivain le devoir de transcrire ses souvenirs : Hamza le fidaï et sa mère rencontrée à Irbid ; figure de piéta, obsessionnellement présente quatorze après. Hamza et sa mère, sorte de couple mythique de la révolution palestinienne. «Le point fixe, cette sorte d’étoile Polaire, c’était toujours Hamza, sa mère, la disparition de Hamza, ses tortures, sa mort presque certaine ; mais alors reconnaître sa tombe et la survie possible de sa mère, mais alors sa vieillesse ? Ce point fixe se nomma peut-être l’amour, mais quelle sorte d’amour avait germé, crû, s’était étendu en moi pendant quatorze ans pour un gamin et une vieille que j’avais vus, en tout et pour tout vingt-deux heures ? Puisqu’il émettait encore son rayonnement, sa puissance radioactive s’était élaborée pendant des millénaires ? En quatorze ans, mes voyages qui m’avaient conduit dans plus de seize pays, que je fusse sous n’importe quel ciel, je mesurais la surface terrestre que ce rayonnement avait irradié.»
Subsistent aussi , vivaces, les images de la résistance palestinienne dans les bases et les camps au temps de l’héroïsme insolent, les départs de nuit pour des coups de main sur l’autre rive du Jourdain., vécus comme des fêtes - funèbre cérémonial – tandis que les voix se confondaient avec les chants des ruisseaux !Se souvenir, c’est aussi frayer le chemin à la voix des autres, à leurs paroles , révéler les visages des êtres rencontrés dans les profondeurs de la résistance palestinienne..Pour l’iconoclaste Jean genet, les associations d’idées les plus imprévisibles servent à décoder le réel. Ainsi de la description toute personnelle de l’assassinat des dirigeants palestiniens, Kamal Adouan, Kamel Nasser et Abou Youssef Nedjat par un commando israélien camouflé en travestis…La gravité n’exclut pas chez lui l’humour. En guise de commentaire à la légitimité d’Israël, Genet note : « Aussi fortiche que Shakespeare. Ereztz Israël fit avancer des forêts »….
C’est dans une chambre d’hôtel, seul qu’il s’est éteint. Dans son parcours, tour ensemble, la comédie et le martyre se donnèrent rendez-vous. Jean-Paul Sartre qui avait peu avoir avec les choses de la théologie, le sacra néanmoins Saint-Genet. Solitaire, ce dernier fut en fait prodigue en solidarités. La droiture de son itinéraire reste exemplaire. De la prison de sa jeunesse aux rayons de la Pléiade, il n’eut qu’un seul vertige : la passion des opprimés. Les Palestiniens l’occupèrent avec ferveur jusqu’à la fin de sa vie. Tahar Ben Jelloun a écrit à ce propos : « Ce qui l’intéressait le plus à la fin de sa vie, c’était le sort du peuple Palestinien. Son dernier roman Un Captif amoureux est l’histoire de Hamza, un combattant Palestinien à la recherche de sa mère. Et si c’était de la mère de Jean Genet qu’il s’agissait ? Il était captif d’une blessure, celle de l’enfant abandonné par sa mère ». Et quel aveu plus significatif de son lien avec les Palestiniens : « Quelle sottise. Je n’ai jamais aidé les Palestiniens. Ils m’ont aidé à vivre.» !

A.K

Jean Genet : Un captif amoureux, Gallimard, 1986

AVATARS

De l’inquiétude d’écrire



Entre les deux rives de la Méditerranée l’interrogation de Jean-Paul Sartre, Que peut la littérature, reste –t-elle de mise ? Mohamed Dib qui vivait au cœur de l’Europe, était conscient des nouveaux chemins que la littérature, en particulier, le roman avait empruntés en Occident. La connivence entre la fiction littéraire et l’histoire collective ( illustrée par les romans fleuves, tels Les Misérables, Guerre et Paix, Les Thibault ) avait cédé inexorablement la place à l’émergence des profondeurs de l’individu , du moi, de ses complexes spéculations cérébrales ( Bonjour tristesse) Imaginaire, abysses, narcissismes s’ouvraient de vastes « Rivages des Syrtes ».
Le « nouveau roman » après une période de controverse et d’adversité aujourd’hui refermée a pris finalement figure dans le Salon de glaces du classicisme.
Et la question morale de la responsabilité en littérature résonne dans une terrible solitude, comme une vieille lune vouée aux remises de l’historiographie littéraire ? Dira –t-on assez ce que la littérature maghrébine est redevable à Mohamed Dib. Il nous a donné dès Dieu en Barbarie (Le Seuil, 1974) une lecture vivifiante et prémonitoire des dérives qui guettaient un pays dont les grandes promesses allaient t s’étioler au gré de l’impéritie des pouvoirs.
Dans Les Terrasses d’Orsol (La Bibliothèque Arabe, Sindbad, 1985), il nous confiait la fable tragique d’une planète à deux vitesses dont les contrées prospères s’érigeraient en forteresses inaccessibles face une humanité en déshérence. « Aujourd’hui c’est nous les barbares (…) Dieu serait bien inspiré de venir faire un petit tour parmi nous aussi, parmi nous surtout, qui ne croyons plus qu’en des sorciers » Quand on arrive d’un monde où le pain quotidien et la santé ont cessé depuis longtemps d’être un problème, on ne voit pas la misère physique et morale qui afflige le nôtre, mais seulement sa « sainteté ». C’est tout à fait naturel ! Mais pour qui, si je puis dire, cette misère constitue le pain quotidien, c’est une nourriture des plus indigestes, je vous assure » En effet, il n’a jamais cessé de méditer sur la place de la littérature dans la société. Dans une postface à La Nuit sauvage (Albin Michel, 1995), il posé sans détour les termes de la problématique à laquelle devait faire face un écrivain du Sud.
« A quelle interrogation plus grave que celle de sa responsabilité, un écrivain pourrait-il être confronté ? C’est mal poser la question, elle doit être retournée ; nous dirions mieux en nous demandant : cela a-t-il un sens qu’on se répande en écrits et n’ait pas en répondre ? Pour les avoir écrits et tout bonnement pour avoir écrit. L’Occident aujourd’hui paraît s’être libéré de cette préoccupation, avoir disjoint les deux choses : écriture (romanesque) et responsabilité (morale). Doit-on, et peut-on, partager partout une telle position ? »S’interroge Dib. Et d’y répondre : « Je pense qu’on ne peut pas et qu’on ne doit pas ….Je n’irais certes pas appeler le malheur sur une société pour la gloire (ou l’indignité) de la littérature ».

Or, si le pas n’a jamais été franchi par Dib, et encore par de nombreux écrivains maghrébins, il semble que dans le domaine de l’édition, en Europe, et y compris dans le Sud, cette hypothèse tend à devenir une stratégie littéraire. Eloquent à plus d’un titre, l’entretien de la sociologue Christine Detrez., sous le titre « La belle et le kamikaze » (réalisé par Brahim Hadj-Slimane in L’Expression du 15 décembre 2007).
Dans le sillage de Bourdieu et d’Edward Saïd, elle évoque le spectre d’un « néo-orientalisme » qui hante les maisons d’édition parisiennes. Pour éviter toute équivoque, il faut réaffirmer sans ambages que les méfaits de l’intégrisme meurtrier défient l’imagination. Ce n’est pas cela qui est épinglé, récusé mais les conditions et les structures éditoriales qui décident en « métropole » de la parution ou non d’un titre. La sociologue note « lorsqu’on regarde les textes publiés en France et l’éclairage donné par les romancières, on se rend compte qu’on est souvent dans ce que j’appellerai des situations de quiproquo culturel. Par exemple, des situations de subversion d’écriture qui peuvent l’être en Algérie, lorsque le texte y est publié, mais qui, en France, deviennent quelque chose d’attendu et de commun. Cela est visible lorsqu’il est question d’un témoignage ou d’une expression de soi, de son corps ou d’expériences privées, où ces questions deviennent des détours par lesquels la romancière reste confinée ».
Certes, il y a plus d’une nuance entre une production sociologique et un écrit littéraire. Encore davantage avec les publications de témoignages.
Karim, mon frère intégriste et terroriste de Samia Labidi (Flammarion, 1998), par exemple, n’a sans doute pas de grandes affinités avec le récit « Tuez-les tous » de Salim Bachi (Gallimard, 2006). Ce qui n’enlève ni à l’un ni à l’autre son intérêt. Il suffit tout simplement de ne pas mélanger les genres .Autre illustration : on se rappelle « Moi Nadia épouse d’un émir du GIA » un « grand reportage » décapant de la journaliste Baya Gacemi, écrit au plus fort de la « tragédie algérienne ». Avatar tout récent : La vie sexuelle d’un islamiste à Paris, (Albin Michel, 2007) de Leïla Merouane. Le clin d’œil au best seller de Catherine Millet doit être plus qu’involontaire…
Et le roman en lui-même est autrement plus digne d’intérêt que le titre dont il a été affublé.
En février 1993, Mohammed Dib, donnait un texte inédit à l’hebdomadaire Ruptures dont la rédaction en chef était assurée par Tahar Djaout. Selon ce dernier, c’était le premier texte que l’écrivain ait « publié en Algérie depuis son exil ». Lequel remontait à 1959. . Le texte s’intitulait : « ECRIVAINS, ECRITS VAINS ».
A.K.

LE LOGO ETOILE







Insigne Khadda




En septembre de l’année 1975, nous étions quelques-uns (certains aujourd’hui disparus, dispersés à travers dans le monde) a nous lancer, quasiment sans expérience, à quelques exceptions, dans une aventure éditoriale, a la fois, exaltante et éprouvante. Mais ceci est une autre histoire dont l’écriture ne peut être que collective dans la mesure où elle se voulait quasi-auto-gestionnnaire…pour reprendre concept obsolète. Mes confrères corrigeront les défaillances ma mémoire. Je pensais a l’époque, à l’instar de mes compagnons de route — que la langue arabe proclamée a cor et a cri <> devait cohabiter dans une entente fertile avec la langue française. Par choix, et dans une intention symbolique, nous avions avec l’assentiment, longuement, sinon âprement discuté, fait concevoir le logo du journal de manière bilingue.



El Wihda -L’Unité. L’arabe, bien entendu, pour respecter les convenances posées avait la préséance. Mais dans la communication courante, a l’époque, le litre était surtout connu, cité — en bien ou en mal — en français. En arabe, elle donnait m^me lieu dans la bouche d’un haut responsable de l’Egide (Allah Yarhamou) à un ironique jeu de mots… Le logo était, si mes souvenirs sont bons, que c’était notre calligraphe de l’édition en arabe qui l’avait conçu.
Quel ne fut notre agréable étonnement de recevoir après les tous premiers numéros une longue lettre de l’artiste-peintre Mohammed Khadda. Une longue missive ou l’artiste se réjouissait de la parution du titre, du parti-pris graphique du logo et, en retour, signalait, avec force détails quelques imperfections auxquelles il proposait des réajustements. Il avait pris la peine jusqu’à redessiner le logo. Chacune de ses remarques était longuement argumentée. Pour les novices que nous étions, nous ne pensions pas que derrière le choix d’un logo pouvait se cacher une méditation plastique. Notre calligraphe, un vieux routier de la presse et du kalame (et de la colle dont il faisait grand usage, si je ne m’abuse) avait fait pour le mieux en dormant forme a une espèce d’article de foi juvénile, et tout compte fait sinon malhabile, du moins perfectible. Mohammed Khadda, sans donner des leçons, et de du ton le plus humble s’était intéressé à un travail préexistant et lui donnait plus belle et lui donnait meilleure allure. Nous nous sommes vus honorés par ses suggestions dont nous nous appliquâmes à faire bon usage…Pour la plupart Mohammed Khadda était un nom connu, respecté, surtout par ouïe dire et quelques expositions arrachées à a l’ académisme <> de ce temps. Une auto-célébration qui déjà résonnait de façon monotone, tournée vers la glorification
Excessive des hauts faits guerriers que feu Mostéfa Lacheraf diagnostiquait et fustigeait, y compris dans une solitude officielle. Pour ma part, je e n’avais pas encore pris connaissance l’étude de Khadda sur le Maître de Baghdad le calligraphe Yayha El-Wassiti (1237 J.C. - 634 de L’Hégire), illustrateur des Maquâmât d’El Harirl. Et pour cause, l’étude n’a pu voir le jour qu’en 1976 alors qu’elle datait de 1974.Elle ne sera d’ailleurs disponible en Algérie que dans les années quatre-vingt, reprise dans un ensemble, « Feuillets épars lies » (Alger, 1983). Mohammed Khadda déconstruisait avec force arguments l’affirmation consacrée qui justifiait la non représentation de la figure humaine. Exemple de El-Wassiti a l’appui, Khadda écrit: >. Et par El-Wassiti interposé, il met en exergue les <>, il cible autant les orientations
Institutionnelles léguées par les <> que le conservatisme artistique. qui figerait les arts plastiques algériens dans une <>.
Intraitable sur la nécessaire approche critique du passé, il l’était autant, sinon plus sur- les questions de l’avenir. Surtout en ce qui concerne l’éducation artistique des enfants.
Après avoir pris notre logo par les cornes, il nous fit le présent d’un article sur les méthodes employées à l’école pour l’apprentissage du dessin. Une forme de terrorisme pédagogique contre l’imaginaire de l’enfant... L’avons-nous rencontré à cette occasion ?
Je n’en ai pas souvenance, c’est plus tard que je situe notre rencontre, a la fin des années 80, quand les prémices des tragiques événements d’Octobre 88~e profilaient a l’horizon, Mohammed Khadda était un artiste-peintre internationalement connu, a l’apogée de son travail créatif.
Chargé de concevoir un supplément culturel, je fis cette fois directement appel à M. Khadda. J’eus enfin le plaisir, exceptionnel — de le connaItre, de réfléchir et de travailler pendant de nombreuses semaines avec lui, y compris chez lui, où son épouse, me donnait a découvrir, après ses talents d’enseignante, ses dons d’hôtesse. Autour du thé apprêté par elle, j’infligeais mes conceptions graphiques assez décousues à M. Khadda qui m’écoutait avec patience. Lui, travaillait ferme pour préparer la maquette du supplément. Une fois prête, combien grande sera notre déception La technique n’avait pas suivi, à l’exécution. Khadda avait conçu — et cela pour un modeste supplément — une maquette originale qui sortait des sentiers battus. Autant de temps, d’énergie — et de cafés bavards avec moi—dérobés son œuvre de créateur. Il en avait les larmes aux yeux et je n’exagère pas...Venons-en a la troisième péripétie d’une relation entamée sous le signe épistolaire et prolongée par des rencontres de travail. Loin des mondanités que Khadda, d’après ce que j’ai, tenait en piètre estime. C’était les lendemains douloureux mais féconds des Journées d’Octobre 88. Mohammed Khadda, qui avait connu des sa prime jeunesse ’oppression colonialiste, qui s’était
Investi dans la cause de l’indépendance pouvait se taire devant les pratiques d’un autre âge : la torture.
En plus de ses interventions publiques, il s’était attaché à réunir sans exclusive tous les textes jaillis du grand orage d’automne qui avait bouleversé l’Algérie. Ce devait être une manière de panorama de témoignages, de récits, de nouvelles, de poèmes jetés a chaud sur le papier. Ecrits d’Octobre ou devait figurer les réactions tires d’une aphasie intellectuelle provoquée par l’ampleur d’un drame qui dépassait toutes les supputations politiques de l’époque. Pour l’essentiel, les textes étaient des
écrits d’urgence, sans prétention littéraire. Mais pour Mohammed Khadda, l’important était de faire rejoindre les crissements de la plume aux cris de la rue. Enfant du peuple, ayant très tôt lutté pour gagner son pain, il n’a jamais laissé en lui l’artiste distancier l’homme.
. Mais voilà que la maladie s’empare de son corps et que la mort le frappe avec une rapidité foudroyante. Sa mort, comme celle de Kateb Yacine, de Bachir Hadj Ali allait comme inaugurer un rituel interminable des deuils. Signe, logo étoilé, que restera Khadda. « Au plus haut des flammes /ciel zébré de lueurs/ errance d’un chant marin/il nous renvoie ce qui luit en lui ». C’est là un extrait qui lui est dédié dans « Soleils sonores ».de Bachir Hadj Ali, ouvrage réalisé, illustré et publié par
ses soins (Alger 1985).Sa mort, comme celle de Kateb Yacine, de Bachir Hadj Ali et d’autres, allait comme inaugurer un rituel interminables deuils. Ils s’éclipsaient, tôt, harassés de luttes, comme pour empêcher l’intolérable ou ne pas être présents aux carnages fratricides.






Abdelmadjid Kaouah



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Les maladies infantiles de l’’Indépendance in Écrits didactiques (sur la culture, l’histoire et la société). Enap, Alger, 1988.

Europe, n’ 567-568, Juillet-Août 1976, consacrés à la littérature algérienne.
Une Poésie au Sud : Jean Sénac, archives de La vile de Marseille,1983.

A signaler que M, Khadda est également l’auteur d’un essai: Éléments pour Un art nouveau, Unap, 1972.

PARMI LES AMANDIERS Hussein Al-Barghouti







Résurrection à Ramallah

C’est le récit d’un mort. Avant même de terminer la première page, on sait que le narrateur est engagé dans un voyage sans retour. Sur plusieurs plans, celui d’une inexorable avancée de la mort dans un retour salvateur à l’enfance et une pérégrination à la fois métaphysique et panthéiste dans les tréfonds de la nature et de l’histoire Autant de directions qui cheminent lentement vers une sorte de promesse de résurrection. Celui qui nous dit « Je serai parmi les amandiers » se nomme Husseïn Al-Barghouti. Il est Palestinien, né dans le village près de Ramallah, en 1954. C’est un brillant universitaire, titulaire d’un doctorat en littérature comparée aux activités littéraires et artistiques multiples. Poète, parolier, dramaturge, scénariste et essayiste, il compte parmi les fondateurs de la revue Al Shu’ara (Les Poètes) publiée par la Maison de la poésie de Ramallah. Il a connu l’exil aux Etats-Unis où il a vécu une trentaine d’années. Donc, pour ceux qui sont à l’écoute de la création palestinienne, l’une des plus remarquables dans le paysage littéraire du monde arabe, Husseïn Al Barghouti n’est pas un inconnu. Il avait déjà attiré fortement l’attention avec Lumière bleue, oscillant entre le récit autobiographique et la prose poétique dans une atmosphère dense et onirique. Barghouti y tisse avec sincérité et sensibilité un réseau de ses souvenirs d’exilé aux USA, au Liban et même en Palestine après son retour. Selon Mahmoud Darwich “Probablement la plus belle réalisation de la littérature palestinienne en prose ». Pour Rania Samara, sa rencontre avec un soufi d’origine turc, mi-sage mi-fou et clochard à l’occasion, (…) marquera durablement sa vie et sa pensée ». Son second récit autobiographique, que l’on peut considérer comme son œuvre testamentaire (bien qu’il aurait laissé de nombreux inédits) est donc pareillement un voyage initiatique. Mais cette fois immobile, car atteint d’un cancer, il revient à la maison familiale près de Ramallah où il engage une corrida avec la mort. La mort en Palestine est une réalité d’ne effroyable banalité. Elle relève généralement du martyre. Et en ce sens, elle plutôt un acte, un engagement suprême, un sacerdoce auquel les Palestiniens concèdent avec fierté. Mais il en va différemment lorsque parmi son peuple, nous sommes dans la période de la Seconde Intifada, en 2002, on est déjà en quelque sorte un mort-vivant. « Il ne me reste plus d’autre place, dans cette Intifada, que de me rendre à l’hôpital de Ramallah de manière tellement répétitive qu’elle aussi en devient ennuyeuse. C’est devenu ma Mecque, mon ultime mur des Lamentations : là-bas, il y encore un espace pour moi entre les nouvelles accouchée à l’étage du dessus et les chambres froides de la morgue à l’étage du dessus. Je suis un é clopé qui erre à la lisière des évènements, à la périphérie des choses ». Ni blessé, ni martyr agonisant, notre narrateur constate qu’il une sorte de fardeau, de parasite, enfermé dans sa solitude et son destin individuel. . Il n’est qu’un vocable, une expression arcboutée entre le langage des vivants et des morts : il est « un patient ordinaire ». Si ordinaire que par les effets indicibles de la chimiothérapie, il est progressivement précipité dans une implacable introspection et une migration onirique dans les siècles et les mythes.
Mais on m’a dépouillé de mon histoire, je ne suis plus qu’un arbre à la croisée des chemins. Tout en partageant le sort de son peuple, ce « patient ordinaire » est doublement dépossédé. Par l’occupation militaire (décrite allusivement)et la maladie qui en est un développement métaphorique. Husseïn Al-Barghouti décrit à la fois une aliénation et son contre-poison : « Et maintenant le cancer essaie de me dépouiller de mon corps. En me regardant dans la glace, je me suis dit qu’il ne me manquait qu’une de ces longues robes jaunes qui seyent à un devin ou à un enfant prophète, de vieilles sandales de cuir et des orteils crasseux capables d’affronter la boue des marécages. Et qu’il ne me restait plus qu’à partir à la recherche d’un nom pour moi et d’une ville pour mon nom, dans l’histoire de ce fragment d’histoire. Je parcourrais Thèbes d’Égypte, Byblos et Babel, Palmyre, Petra et l’Andalousie, même si le pas de mes sandales n’est « qu’un lys blanc sur un chemin dévasté. »Pendant une période, j’ai adopté le nom de Tirésias pour m’adresser à moi-même. D’ailleurs il m’arrivait de changer de nom et de lieu de résidence. Parfois j’étais Marduk, le dieu suprême des Babyloniens, d’autres fois Imru’al-Qays, ou quelque commensal récitant des vers de Mutanabbî dans les tavernes d’Alep… ».
Revenu d’exil, atteint mortellement, dans l’amanderaie plantée par ses parents , l’année de leur mariage, une date combien tragique pour les Palestiniens, 1948, le temps de la Nakba, temps de la cession et de l’exode forcé, celui qui a mis des milliers de kilomètres entre lui et son origine, alors que le temps lui est mesuré impitoyablement, tisse les fis de sa résurrection par une plongée onirique au plus profond de ses racines, au plus lointain de sa présence au monde en un vertige kaléidoscopique où se côtoient Enüma Elish , récit babylonien de la création du monde, les ancêtres cananéens, , les poètes préislamiques, Imru’ al-Qays , Chanfarâ et les Sa’ âlik, poètes-brigands, Alexandre –le-Grand, Banou Hillal et leurs congénères gitans qu’accompagne le chant profond de Lorca, l’éblouissante Petra da son rêve de pierre ( c’est ainsi qu’il a baptisé son épouse), Alexandrie , les Pyramides, Ahmad Chawki et T.S. Eliot et sa « Terre vaine ». Sans oublier le verbe flamboyant sur le Cha’ tat de Mahmoud Darwich qui traverse de part en part ce livre d’une centaine de pages. Une somme savante et élégiaque, dans une belle traduction de Marianne Weiss. Chant d’adieu et de renaissance. Hussein Al-Barghouti, sans aucun doute, a paraphé dans l’histoire des lettres arabes contemporaines, un destin rimbaldien.

A.K.

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Je serai parmi les amandiers de Hussein Al-Barghouti, Sindbad/Actes Sud, 2008

lundi 1 décembre 2008

POUR MEMOIRE: Je reviens de Salon


Darwish
à Anne

Paroles en train

Pourquoi faudrait-il avouer
Que l’on a vécu
Preuves de vie
Stigmates
Murmures au creux de la Mort
Déjà en lignes de fuite la cité
Les rails
Dévident des songes posés
En devinette au mistral

Marseille se tend de toute notre Dame-de- la Garde
Noyée dans une brume solaire

Les morts dorment-ils vraiment
On aime à le croire
Ils sont pourtant poussières dans la terre
Le poème pousse ses illusions
Tel le vent le fait des nuages
Un cirque céleste

La Provence a un air de Galilée
les pins droits dans leur tristesse
des cimetières que l’on ne voit plus

André nous a dit les leçons de Hourriya
Le Galiléen aimait la Provence
Anne se demandait pourquoi il ne parlait la langue d’Eluard
Par égard à sa mère
Ou faute d’une Elsa

Il voulait égorger sa jument en plein Paris
pour une Etrangère

Il est parti vers son étoile des arènes d’Arles
Le sang de Vincent n’a pas encore séché sur les toiles
Des soleils déments roulent dans le mistral
Les oranges de la saison prochaine auront

Un goût d’outre-tombe
Les rails semblent piailler
Comme des corbeaux prophétiques
C’est d’eux que les hommes ont appris l’art des funérailles

Le Galiléen nous abandonne
à Nostradamus

Le mistral souffle
Souffle jusqu’à Ramallah


Je reviens de Salon

C’est maintenant que commence
Le règne du Maître tourneur
Dans le monde invisible
De l’Indivise parole
Abdelmadjid Kaouah

23 11 08

Chronique des deux rives : Retour à Darwish


Retour à Darwish en Salon de Provence


Il est des poètes dont le deuil ne s’achève jamais. On parle de la mort de Lorca comme si c’était hier. Et l’idée de l’exhumer de la fosse de Viznar où il fut fusillé en compagnie de deux obscurs compagnons (une réédition profane de la passion christique grâce aux sinistres séides franquistes) pour être inhumé dans un mausolée à sa gloire, soulève dans l’Espagne d’aujourd’hui force controverse. Mahmoud Darwish, la voix, le champion et le héraut du martyrologue du peuple palestinien, depuis sa disparition inattendue (et la mort est-elle jamais attendue pour n’importe quel homme) le 9 août dernier sur une tale d’opération chirurgicale américaine, Mahmoud Darwish repose sur une colline de Ramallah, face à Jérusalem. Et lui qui avait de son vivant récusé les ors et les maroquins d’une improbable Autorité palestinienne pour mener une vie e citoyen auprès des siens à Ramallah, surtout en durant le siége imposé par Israël en 2002, a vu ses mânes ointes tant par son peuple que par les officiels. Peut-on échapper à son destin, quand à 12 ans , on écrit en toute innocence à l’école de l’occupant israélien un poème dénonçant la Nakba, que l’on se fait tancer et menacer pour cela par un gouverneur militaire ? On ne peut vivre, aimer et mourir que dans la passion extrême des siens et des autres. Tel ce Joueur de dès*, toujours jouant sur un volcan :
Qui suis-je pour vous direce que je vous dis ?Je ne suis pas la pierre façonnée par l’eaupour que je devienne visageni le roseau percé par le ventpour que je devienne flûte…Je suis le joueur de désje gagne ou je perdsJe suis votre pareilou un peu moins…
Quelle modestie. Je reviens de Salon. Salon de Provence, citée passée à la postérité comme la ville natale et le tombeau, (en église, en travaux,)) du redoutable Nostradamus. Pour les plus jeunes, elle est connue pour accueillir l’intrépide Patrouille de France. Dans cette ville de 40. 000 âmes, la municipalité et la chevronnée Association Salon Culture, répondant à la suggestion de quelques admirateurs de oeuvres de Mahmoud Darwish, ont tenu à rendre à ce dernier fin novembre dernier. Votre serviteur y était pour introduire l’hommage et déclamer (avec quelle maladresse) pour la première fois en public quelques poèmes d Mahmoud Darwish. Devant une assistance qu’on pouvait considérer comme un succès d’estime pour les organisateurs (à l’instar de certains livres qui sans devenir des best-sellers obtiennent notoriété et estime). Et ce, avec la complicité d’un impeccable comédien, André Levêque, pour ne pas le nommer. Ainsi, l’espace d’une soirée Darwish fit de l’ombre à Nostradamus et autres curiosités de la ville (qu’une visité empressé permit de découvrir: hélas, un sabre de l’Emir Abdelkader exposé habituellement était à l’étude).Le Galiléen, M.Darwish, appréciait la région dont il était devenu au, fil des temps, grâce à Actes Sud et à Farouk Mardam Bey, le directeur de la collection Sindbad. Qui sait que Mahmoud Darwish fut, à sa manière, et dans les conditions historiques du drame de tout le peuple palestinien, une sorte de « sans-papiers », avant l’heure. En effet ; il a frappé aux portes de la France vers les années 60. Les portes sont restées fermées lors de sa sortie d'Israël en 1968.Il a voulu y trouver refuge. Mais comme il était arabe et avait des papiers israéliens, sans indication de nationalité. On a trouvé cela bizarre et on l'a mis dans un avion retour. .. (Il n' y avait pas encore de charter à l’époque). Après le siège de Beyrouth, dans les années 80, elles se sont enfin ouvertes pour lui et ce fut le départ de Paris pour sa célébrité dans le monde. Il n'est pas resté ce poète reconnu seulement dans sa terre d'origine mais il y a conquis la célébrité et l'universalité. Il faut lire et relire l’émouvant et ardent Sarîr al-gharîba « Le Lit de l’Etrangère » (Actes Sud 2000, traduction de l’arabe par Elias Sanbar) Entre deux rives et mille exils. Reconnaissant, il confessa : «"Ce que je sais, c'est que Paris a été mon véritable lieu de naissance en tant que poète. Quand je fais un tri dans ma poésie, j'accorde une place particulière à ce que j'ai écrit à Paris, dans les années 1980et au-delà. C’est là que l'occasion m'a été offerte de méditer sur la patrie, le monde et les choses de la vie, et cela en maintenant une certaine distance, qui était lumineuse. On voit mieux de loin car on découvre le paysage dans son ensemble" Entretiens sur la poésie, Actes Sud 2006.
ET de cette région solaire, qu il a donné son récital testamentaire dans les arènes de la ville d'Arles avant de s'envoler vers son destin, son éternité de poète, décédant quelques semaines à peine, aux Amériques... Michel de Nostradamus, dans ses célèbres prophéties, avait-il prédit ce destin ? L’apothicaire et astrologue redouté de la reine Catherine Médicis était néanmoins poète.
Merci donc aux Gens de Salon-de-Provence, à ses édiles, à Jean Michard de Salon Culture, à Keltoum, à Anne, à Fouzia, Catherine, Louis, à Lotfi, Simone et Jean, et ceux qui ont fait le déplacement de Marseille ou d ailleurs, Fethi, Saïd, et que ceux que j’oublie de nommer, faute d’espace et de mémoire, soient indulgents…. La fondation d’une nouvelle association est en chantier à salon et sa région. Bon vent et Salem, paix ! Et quels meilleurs auspices que ceux d’un poète fraternel, l’impérissable amoureux de la mythique juive Rita , l’amante perdue pour cause de guerre!
A.K.

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* Quel magnifique hommage rendu au poète lors de son quarantième Jour, au centre culturel d’Al Nassira, Nazareth par le trio palestinien Joubran transmis en direct par Al Djazeera (on peut le voir sur Dailymotion). Par ailleurs, la Ville rose, Toulouse, accueille le 6 décembre à la librairie La Renaissance, à Basso Cambo, un hommage à M.Darwish, en présence de nombreux poètes de la région et de son éditeur, à Farouk Mardam Bey.

Jean-Claude XUEREB: JE PARLE D'UNE VILLE...


Jean-Claude XUEREB

Né en 1930 sur les hauteurs d'Alger, ville où il passe enfance et jeunesse et poursuit ses études. Il assiste, en mars 1948, aux rencontres de Sidi Madani, où il approche Camus, Dib, Roblès, Sénac...En 1952, il rencontre à la Fac d'Alger Jamel Eddine Bencheikh qui devient son ami. Fin 1961, il rejoint définitivement la France avec femme et enfants et il entre dans la magistrature qu'il quittera en 1991. A partir de 1962 s'instaure une durable amitié avec René Char.
Entré au conseil de la rédaction de la Revue SUD à Marseille en 1993, il prépare en 1995 un numéro hors série de cette revue :''Algérie l'exil intérieur'' ( textes de 33 écrivains nés en Algérie). Il participe à l'animation des ''Rencontres méditerranéennes Albert Camus à Lourmarin'', entre 2000 et 2004, auxquelles sont conviés notamment des écrivains algériens. Il est invité au ''Printemps des poètes''à Tunis en mars 2002 et à Alger en mars 2003. Il participe et intervient à deux colloques consacrés à Camus en Algérie, l'un à Oran en octobre 2004, l'autre à Alger et Tipasa en juin 2005.
Une douzaine de recueils de poèmes paraissent chez Rougerie, de ''Marches du temps (1970) à ''Passage du témoin'' ( 2004) A paraître début 2008 : ''Entre cendre et lumière''. A collaboré à de nombreuses revues poétiques.
Il partage sa vie entre Avignon et une maison parmi les garrigues de l'Uzège.

Poème '' Vacance d'une ville'', écrit après mon dernier voyage de juin 2005 à Alger, dans mon recueil '' Entre cendre et lumière'', chez Rougerie.




‘’…Pour ceux qui connaissent les déchirements du oui et du non, de midi et des minuits, de la révolte et de l’amour, pour ceux qui aiment les bûchers devant la mer, il y a, là-bas, une flamme qui les attend.’’ Albert Camus ( Petit guide pour des villes sans passé) ‘’L’été ‘’ - 1954




Vacance d'une ville

Je parle d’une ville d’enfance abolie
où les rues perdent mémoire de leur nom
les maisons y ensoleillent leur épiderme
en lumière et des arcades fusent les souffles
inchangés de senteurs et de fraîcheur marines


Une main effleura le poli d’une table
entrouvrit les hauts battants d’une bonnetière
sur la blancheur d’un linge au parfum de lavande
bientôt se figerait le cœur de la pendule


Les portes furent soigneusement verrouillées
dans l’illusoire persuasion d’un retour
sac et valise en mains pour l’ultime voyage
parmi l’anxiété d’une foule vers l’exil

Ni cyclone ni séisme entre ciel et terre
mais à travers le rythme brutal des saisons
une dispersion de fourmilière affolée
sous un piétinement aveugle de débâcle
puis la paix soudaine d’une veillée d’arme


Des hauteurs les villas volets clos s’ensommeillent
allées de jardins alanguis au soleil
hamac ou chaise longue à rêver d’une sieste
les fleurs assoiffées s’affaissent sur leur tige


Peu à peu enfle la rumeur d’une autre foule
qui envahit les rues fracture les portes
les bras chargés d’objets on crie on s’interpelle
dans la joie s’installent les nouveaux venus
s’appropriant l’intime d’une déshérence


Passe le temps sur la précarité des choses
en flux et en reflux de conflits et conquêtes
et puis glisse l’oubli les plaies se referment
l’histoire réécrit les griefs et les torts


L’une après l’autre s’efface l’ombre des corps
les tombes s’effondrent dans l’herbe et les racines
après dissipation des êtres quel écho
se répercuterait au mutisme des pierres

Ici revenu je ne suis qu’un visiteur
libéré des tourments de vaine nostalgie
voué à respirer l’innocence de l’air
à renouer avec les émois d’un enfant
guettant au bout des rues la vision du large



J’accueille d’un regard neuf l’éclat du matin
un rameau d’amandier rayonne de ma joie
ma gorge s’éblouit dans le sang d’une orange
je savoure la chair goulue des cerises
où mes lèvres pressent l’aréole d’un sein




Ainsi s’égaille la vacance d’une ville
par le chant réconcilié de la mémoire
dans une pause heureuse du temps retrouvé
car nulle frontière n’enferme le désir
lorsque l’amour féconde la chair du poème
J-C XUEREB