samedi 4 avril 2015

AVEC ANDRE BRINK : Les turbulences d’une conscience


Par Abdelmadjid KAOUAH                                                                                                     ( Le Soir d'Algérie)

André Brink, le romancier sud-africain vient de nous quitter le 6 février dernier         (et quelques heures après, nous parvenait le décès d’Assia Djebar). Au hasard de la fortune littéraire, nous eûmes la chance d’aller à sa rencontre.   La littérature africaine,  et plus singulièrement  celle du pays de Nelson Mandela, était   à l’honneur    du festival littéraire « Marathon des mots » de Toulouse. Pouvait-il en être autrement à la veille d’une coupe du monde de football  se déroulant en Afrique du Sud  en 2010?  Parmi tant de rencontres avec des écrivains du continent noir et du monde, celle avec l’écrivain sud-africain André Brink a eu une  ample résonnance. La salle des conférences de La Renaissance - une librairie fondée au lendemain de la Libération qui eut à accueillir les grands écrivains engagés, tel Aragon et qui reste l’une des rares dans u  quartier polaire-arrivait à peine à contenir le public nombreux venu entendre l’écrivain anti-apartheid l’entretenir de « l’engagement de l’écrivain ».

 


« Savoir, ce n’est pas assez. On doit essayer de comprendre »   fait dire André Brink à l’un de ses personnages  dans son roman « Une saison blanche et sèche ». Le roman obtint le Prix Médicis 1980, et Martin Luther King Memorial Prize pour la version anglaise du roman.  Au départ,  Ben Du Toit ne se pose pas de questions superflues, dérangeantes. Comme la majorité, il se satisfaisait de la place qui lui était assignée dans la société sud-africaine. Pas de doute, pas d’incursion hors du cercle familier. Ben Du Toit, un nom aussi banal que l’homme qui le porte. Un homme sans qualités exceptionnelles, se suffisant à lui-même et se délectant même de sa propre solitude. En somme, un bon père de famille, s’adonnant  au bricolage, tenant à jour ses journaux intimes avec l’efficacité d’un comptable. Un homme barricadé derrière la surface d’une image. Mais la cinquantaine venue, tout bascule. Si Ben Du Toit n’est pas un homme singulier, le pays qu’il habité n’est pas ordinaire. C’est un communiqué laconique qui l’arrachera à sa léthargie : un certain Gordon détenu selon les termes de l’Acte sur le terrorisme a été retrouvé mort dans sa cellule….. C’est la goutte qui va entraîner l’Afrikaner discipliné dans un courant irrépressible et balayer au passage sa vie ordinaire..Jusqu’ici, il avait accepté « tout ce qu’on a l’habitude de prendre pour argent comptant, avec tant d’assurance qu’on ne cherchait même pas à vérifier ». Mais la mort  de cet autre homme tranquille, Gordon, « honnête, décent, qui se rend régulièrement à l’église » mais qui avait juste le tort ou la malchance d’avoir une peau noire le fera sortir de sa maison aux murs blancs   et découvrir un « pays mythique, ce pays  plus vrai que le vrai » …Il fera d’amères connaissances : la loi n’est qu’un visage derrière lequel il n’ y a plus de tête : elle couvre autre que la chose qu’elle nomme tout en n’ayant pas changé de sens. Tout n’est que vernis, masque pour donner bonne conscience au diktat blanc...Et le cynisme n’est pas on reste quand à propos de savoir s’il s’agissait d’un crime ou d’un suicide, le ministre affirme avec le sourire : »chaque homme a le droit démocratique de mourir » !
Avec « Au plus noir de la nuit », André Brink nous accule à une véritable descente aux enfers. Roman après roman, il n’aura de cesse de démonter méticuleusement les apparences de l’édifice raciste. Littérature engagée ou engagement de la littérature ? La question semblait oiseuse car « dans ce pays d’enterrement multicolore amer et triste tout discours est politique.

André Brink est né dans une famille afrikaner, descendant de colons boers arrivés en Afrique depuis trois siècles et fervente  adepte de l’Apartheid. Dans un français impeccable, André Brink reviendra sur son itinéraire personnel  sans fard ni prétention. Il avoue sans ambages que jusqu’à  son séjour en France à la fin des années  cinquante, en pleine guerre d’Algérie, il ne connaissait pas d’autre réalité que l’Apartheid, n’ayant aucun échange avec les noirs. C’est donc à cette occasion qu’il rencontrera pour la première fois de sa vie des étudiants noirs  et prend conscience des effets décasteurs de l’apartheid sur ses concitoyens noirs... Homme de principe, André Brink, tout en disant sa vérité, reste d’une grande courtoisie. Ecrivain d’engagement, il ne cache pas pour autant les doutes qui l’ont saisi quand il écrivait justement son roman. Au moment où il écrivait depuis six mois son manuscrit sur l’horreur de l’oppression raciale  eut lieu  dans la ville où il vivait et enseignait l’assassinat de Stève Biko, l’une des figures de la lutte anti-apartheid. Pour lui, la réalité dépassait la fiction et il devenait vain de la transcrire dans un récit. Les faits étaient plus « parlants » et la littérature un inutile exercice. Il a fallu toute la force de persuasion de ses amis pour qu’il achève le roman. Ses doutes disparaitront définitivement quand il rencontrera Nelson Mandela  qui lui confiera que ses œuvres l’ont aidé dans sa captivité et ses méditations.   Sur Mandela, André Brink qui lui voue admiration et amitié, est intarissable. Il en parle comme une sorte de saint  qui n’arrête pas d’étonner son entourage. A ce propos, il raconte la tendresse particulière que voue Mandela aux enfants. Parmi les privations qu’il a eu à subir, Brink  note  que ce dernier n’a pu voir durant 27 ans  des enfants ! Aussi, à chaque fois qu’il en rencontre, il se met littéralement à genoux pour converser avec eux, car ils sont l’avenir d’un monde meilleur, précise l’écrivain. De là à évoquer les réalités et les enjeux de l’après-Apartheid, il ne fallait qu’une question à propos de l’ANC actuelle. André Brink  rappela que le courage et les sacrifices des leaders et des militants de l’ANC qu’il avait connu pour la plupart en exil. En majorité des homes cultivés et qui avaient connu la ségrégation. Avec de telles données, André Brink était convaincu que le nouvelle Afrique du Sud serait meilleure sous leur direction. Or, entre ces élites qui constituent l’appareil politique et le peuple, le fossé s’est creusé  et la gangrène de la corruption  a fait son apparition. « Je ne reconnais plus certains de mes amis » dit-il avec tristesse et un peu de colère. Il en appelle  surtout  au parcours exemplaire de Nelson Mandela et de Mgr  Desmond Tutu.

Sa prise de conscience il la place aussi sous le signe de sa fréquentation intellectuelle de l’œuvre de Camus pour lequel il nourrit une admiration durable. Dans la foulée, il évoque son voyage en Algérie  où il a pu aller sur les traces algériennes de l’écrivain. Une telle évocation ne pouvait passer inaperçue sans se soulever des remarques. Dans le débat qui suivit la causerie d’André Brink, un intervenant lui demanda  tout de go quelle lecture faisait-il de la position de Camus durant la guerre d’Algérie, lui André Brink qui avait osé aller courageusement  à contre-courant de sa communauté ? L’auteur d’ »Une saison blanche et sèche »   s’employa à décrire la complexité de la pensée camusienne à propos de la violence et du terrorisme, tout en  relevant « la malheureuse phrase » qui avait schématisé le rapport du Prix Nobel à l’Algérie et à son peuple auquel  il n’avait manqué  pas de marquer très tôt sa solidarité. On sentait qu’André Brink, était conscient qu’il ne levait pas  « le parallèle paradoxal »  pointé par l’intervenant.  Aussi, finement, conclura-t-il  que Camus après tout n’était qu’un être humain… De l’Algérie, il en sera aussi question,  en aparté ;  en dédicaçant   à une compatriote, Leïla  Boutaleb, son livre, il aura ces mots : l’Algérie est un beau pays.

 

La salve finale, pour ainsi dire, de l’écrivain sera réservée à l’oppression subie par les Palestiniens. Au lendemain de l’abordage sanglant contre la flottille de    pour la liberté de Gaza, pouvait-on ne pas « bifurquer » (une notion chère à l’auteur qui venait de   publier ses mémoires sous le titre Mes bifurcations, Actes Sud(2010) sur la question palestinienne ? Il ne s’agissait pas bien entendu d’un meeting politique mais ‘une rencontre littéraire  mais ayant pour thème « l’engagement de l’écrivain ». André Brink parla donc  en écrivain engagé. En ayant recours à la parabole. Il rappela d’abord que les camps d’extermination de la deuxième guerre mondiale restent des réalités  des plus « stupéfiantes, ahurissantes » des horreurs commises contre les juifs. Il fit état des échanges  et des témoignages qu’il tint à suivre. A cet égard, il relata un voyage qu’il effectua en Tchécoslovaquie et  la visite qu’il fit à un camp d’extermination où les bourreaux  nazis avaient poussé le cynisme jusqu’ à demander à des enfants de relater les impressions de leur vécu. L’un d’eux écrivit qu’il n’y avait pas de papillons dans le camp... Sans élever la voix, André Brink  s’écria : je ne comprends pas comment les Israéliens peuvent-ils faire aux Palestiniens ce qu’ils ont subi…Les Israéliens assassinent aujourd’hui les papillons ! Une salve d’applaudissements lui fit écho. André Brink  avait parlé en poète. En retournant  par l’image aux victimes d’hier  leurs responsabilités d’aujourd’hui. Debout, la salle lui faisait un triomphe. J’ai cru voir  des rougeurs monter  au visage d’André Brink. Dans « Un instant dans le vent » (Stock) , André Brink écrit « Quand tous les instruments ont été détruits par le vent, quand tous les journaux de bord ont été abandonnés au vent, quand plus aucune alternative ne subsiste que celle de poursuivre sa route. Ce n’est pas une question d’imagination mais de foi ».Cela se passe de commentaire.

A.K.

 

 

 

 

jeudi 20 mars 2014

Témoins du temps

A propos d'une 
 Une exposition de Salah Oudahar   
  
La pierre telle qu’en-elle-même
La pierre est une matière de survie à tous les égards. Elle est selon le regard ruine ou vestige. C’est aussi un voyage immobile dans la mémoire des choses et des êtres. Elle avant tout ce catalyseur formidable de la mémoire fertile de Salah Oudahar qui lui permet de rassembler  dans une exposition -  se  déclinant  par degré  comme le soleil levant du pays natal- les différents plans d’une quête métaphorique. Un soleil qui se lève  ainsi sur les fragments  ravivés et rassemblés d’un itinéraire à la fois pétri par l’expérience personnelle et la rencontre la plus ouverte sur les autres et le monde.
Salah Oudahar brasse avec poésie et savoir une mémoire qui plonge ses racines à la fois dans l’enfance et l’histoire. Chaque plan de l’évocation participe de la chorégraphie des « Témoins du temps ». Inexorable travail du temps sur la durée et l’espace qu’annoncent et prolongent  les petites comme les grandes choses. C’est un vrai parti-pris des choses pour évoquer en l’occurrence Francis Ponge. « Il ne s'agit pas d'arranger les choses (le manège) [...]. Il faut que les choses nous dérangent. Il s'agit qu'elles nous obligent à sortir du ronron. » (Méthodes, 1961), écrivait ce dernier.                            
 Ici il ne s’agit pas seulement des objets et des lieux. En ruines ou en mouvement. Les images évanescentes du passé y trouvent  place et espace à des recompositions qui empruntent à la nature et à la nostalgie une vivacité renouvelée et un sens où le pluriel n’est plus un péché. Celui dont le père fut un tailleur de pierres retaille par son regard les panoramas du passé  - et les blessures sécrètes ou enfouies de l’enfance qui s’y déployaient avec innocence ou imprudence. Passé de confrontations et de chocs sur une terre que l’histoire depuis des millénaires a rendu fascinante et le rendez-vous de luttes et de conquêtes  éphémères devant les résistances autochtones.  Ce que l’on pourrait croire n’être que des ruines témoigne de l’exploit de ses guerriers et de ses aèdes. La ruine est ailleurs. En témoignent les colliers de pierre qui parsèment les terres profondes et qui répondent dans une correspondance étourdissante aux portes et aux fenêtres ébréchées des maisons de pierre encore debout, comme des corps saignant à l’encan. Pierres, demeures et lieux comme orphelins que Salah Oudahar restitue par-delà leurs cicatrices et leurs fêlures  dans la noblesse de leurs lignages. Ils témoignent et interpellent le passant.                                         Ici qui passe  ou monte le chemin ?
Un air d’absence et d’abandon imprègne l’atmosphère. Les images auraient-elles suffi au témoignage ? Le poète qui agence les vues et les icones en appelle aussi à la parole. Econome et emblématique : Les êtres/Les choses/Et leur nom.
Qui est l’Ombre gardienne des lieux en ces terres ? Toujours  "La pierre / Telle qu'en elle-même / Insouciante / Gardienne des lieux / Témoin du temps", Mais l’enfant que fut le poète avait-il le loisir ou la protection de l’insouciance du temps et de l’espace ? Résonnent  depuis la nuit des temps le bruit et la fureur qui ont transformé  son vert paradis en un atelier de l’enfer.
Le dieu de la guerre a fait souffler le feu et le fer et  dont la famille du poète fut l’une des victimes propitiatoires. Des victimes qui ont relevé le défi de l’histoire. Et qui ont fait le rêve d’un monde nouveau. Quelques photos de famille suffisent à Salah pour évoquer toute une épopée dont les nouveaux pharisiens ont machiné un discours à la fois  tonitruant  et bien creux maintenant. Le silence en l’occurrence est comme une réinvention d’une résistance à taille humaine.
 
Sur ces terres de Kabylie maritime,  l’exposition de Salah Oudahar nous donne à saisir  le ciel, la terre et la mer  dans de perpétuelles noces   solaires et   nocturnes. Sans grandiloquence. Au ras des vagues, des tissures, des blessures  et des exils. Eternité d’un songe en devenir.
 
A.K.
 
 

Chronique des deux rives Audin dans sa lumière

 
                                          Audin dans sa lumière
                 
 
 
 
 
Qui aura entendu la voix de Josette Audin après la sinistre révélation posthume du tortionnaire Aussaresses ?
Le voile est-il finalement levé près de 57 ans après l’assassinat du jeune mathématicien, militant du parti communiste algérien, ardent militant de la cause algérienne, Maurice Audin. Rien n’est moins sûr selon sa veuve, tant le sicaire Aussaresses  aura semé au départ  sur son chemin de   mensonges, de demi-vérités pour ensuite se répandre dans d’odieuses confessions qui mettent au jour un véritable système de liquidations des patriotes algériens. Et les mots de «  O », tel qu’il a été nommé il ya bien longtemps dans l’œuvre emblématique d’Yves Courrière « La guerre d’Algérie », évoquent «sans regrets ni remords »  le mal avec une banalité qui donne des sueurs froides rétrospectives.  "Eh bien on a tué Audin, voilà ! On l’a tué au couteau pour qu’on pense, si on le trouvait, qu’il avait été tué par les arabes"."Qui c’est qui a décidé de ça ? C’est moi"… ». Voila  à quoi se réduirait le mystère Audin  selon les aveux recueillis  par Jean-Charles Deniau dans un livre-document qui vient de paraître : "La vérité sur la mort de Maurice Audin" (éditions Equateurs).                                                       Jean-Charles Deniau  affirme que Maurice Audin a été assassiné sur les ordres du général Massu…                                                    
Pour Josette Audin: "Aussaresses est un être immonde qui a menti toute sa vie".
 
 
C’est en fait une véritable affaire d’Etat sur laquelle la lumière reste à faire.  Les propos posthumes d’Aussaresses   accréditent l’enquête  de  la journaliste Nathalie Funès  publiée en mars 2012  par le Nouvel Observateur, dans laquelle  celle-ci révélait l’existence d’un document inédit, conservé dans les archives de la Hoover Institution  en Californie. Il s’agit d’un manuscrit du colonel Godard, ancien commandant de la zone Alger-Sahel. Ce document contredit la thèse officielle selon laquelle Maurice Audin se serait évadé lors d’un transfert. Il confirme que le militant communiste a été tué par les militaires qui le détenaient et mentionne le nom de celui qui l’aurait assassiné. Jusqu'à présent, l'hypothèse la plus souvent évoquée  -toujours démentie par l'armée- était celle de Pierre Vidal-Naquet (décédé en 2006), l'auteur de "l'Affaire Audin". Selon Vidal-Naquet, Maurice Audin aurait été étranglé au cours d'un interrogatoire par le lieutenant André Charbonnier,  "dans un accès de colère».
La disparition-assassinat de Maurice Audin est une  affaire d’Etat qui fait partie des horreurs commises durant la dite « Bataille d’Alger ». Rappelons : Le 7 janvier 1957, Robert Lacoste,  gouverneur général de l’Algérie, reçoit du préfet Barret, avec l’accord de Guy Mollet, président du Conseil des ministres sous la IVème République française, l’autorisation de transférer la totalité des pouvoirs de police à un général de l’armée pour réprimer la résistance du peuple algérien. Le général Massu est désigné. Il constitue un état-major officiel avec le colonel Godard, comme chef état-major adjoint de la 10éme Division de parachutistes .La création, à côté de cet état-major officiel, d’un état- major clandestin composé de Roger Trinquier, chargé du " renseignement " et Aussaresses alors commandant, de " l’action ".
On peut penser  qu’en fait, Aussaresses laisse derrière lui, à titre posthume, 
une bombe à retardement en révélant que l’ordre serait venu de Massu lui-même avec l’assentiment des pouvoirs politiques de l’époque, c’est-à-dire du gouvernement Guy Mollet (PS)…
En 2000,  était publié un appel de douze personnalités  parmi lesquelles Josette Audin, Madeleine Rebérioux, Gisèle Halimi, Germaine Tillon, Henri Alleg pour la reconnaissance de la torture 
en Algérie. Où en est-on ? En  décembre 2012, le président François Hollande a fait un geste symbolique, en se recueillant place Maurice-Audin. Il a aussi  a exprimé ses regrets pour les souffrances infligées par la colonisation au peuple algérien…Pour Josette Audin tout en trouvant bien  ces gestes attend des autorités françaises qu’elles aillent jusqu’au bout, à savoir : «   Qu’elles condamnent ce qui s’est passé en Algérie : 
la torture, les disparitions forcées et les exécutions sommaires. Comme le président de la République Jacques Chirac l’avait fait pour 
la rafle du Vél’d’Hiv... ».
Sa voix a-t-elle été entendue ? Au cours des  journées surréalistes que la France de vient de connaître à la suite   de « l’affaire Dieudonné », il y avait peu de chance…                                        
La haine se combat sur tous les fronts.
 
A.K.

Chronique des deux rives ‘’Contre la pensée fossile ‘’ (1)

                                        
‘’Contre la pensée fossile ‘’ (1)
En ces  temps d’effervescence citoyenne qui voit une nouvelle génération s’inquiéter, se passionner et se positionner quant au devenir de l’Algérie, par-delà les  strictes échéances électorales,  il est peut-être utile de se remémorer de celle qui par l’écriture, les mots et surtout le poème avait aussi fait vibrer sa voix. Elle ne fut guère entendue, reconnue mais elle avait lancé l’alarme et sonner  le « tocsin des mots », pour reprendre Maïakovski dans une effroyable solitude au lendemain d’une indépendance arrachée de haute lutte mais guettée au tournant par des cohortes de vautours et d’usurpateurs, ravisseurs de rêves.  Kateb Yacine avait déjà mis en garde en 1958 sur l'impasse qui menaçait la littérature à abdiquer ses droits à la critique face à l'instance politique : "Le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester ses désaccords. S'il ne s'exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l'intérieur de la révolution politique. Il est, au sein de la perturbation, l'éternel perturbateur". Propagandiste ou perturbateur ? L'indépendance acquise, la liberté retrouvée et par le fait même qu'il en a été l'un des artisans, l'écrivain est en droit de jouir d'une entière liberté dans son travail créatif. Mohamed Dib, avec Qui se souvient de la mer, récit à la fois allégorique et onirique, rompt avec la veine réaliste illustrée par sa trilogie romanesque Algérie. L’écrivain affirme :"Pour plusieurs raisons, en tant qu'écrivain, mon souci, lors de mes premiers romans, était de fondre ma voix dans la voix collective. Cette grande voix aujourd'hui s'est tue... il fallait témoigner pour un pays nouveau et des réalités nouvelles. Dans la mesure où ces réalités se sont concrétisées, j'ai repris mon attitude d'écrivain qui s'intéresse à des problèmes d'ordre psychologique, romanesque ou de style... Le temps de l'engagement est terminé... Les littératures, elles aussi, font leur temps" .Deux courants ont traversé la littérature algérienne. Une littérature proclamée "engagée", "révolutionnaire" qui domine officiellement et à laquelle l'édition est ouverte, l'autre, critique, subversive, dans sa thématique comme dans son écriture et qui est contrainte à évoluer en marge ou dans une quasi-clandestinité.   Les grands noms de la littérature qui se sont imposés au cours de la  guerre de libération sont, soit condamnés au silence, comme Malek Haddad, soit à l'exil que retrouve Mohamed Dib, après un bref séjour en Algérie indépendante. Mais la littérature algérienne d'expression française côtoie désormais  une production croissante en langue arabe, prolifique surtout en poésie promise à être consacrée comme véritable littérature nationale. Certains contempteurs n'hésitent pas à classer les œuvres en langue française parmi les "séquelles" du colonialisme. Mais les premières années de l'indépendance restent relativement propices à l'existence d'une littérature en langue française, essentiellement axée sur le témoignage, la narration historique et l'exaltation patriotique qui traduit en fait une certaine fuite devant le vécu et les contradictions du présent. De cette littérature, Mostefa Lacheraf, historien et sociologue, dira qu'elle ne décrit la réalité du combat anticolonialiste que "dans ses aspects anecdotiques et pseudo-épiques, les plus propres à cadrer avec une psychose idéaliste de la guerre de libérations".  Littérature du témoignage, c'est aussi une littérature de la répétition, de la redondance et de la célébration par rétrospective. Les journaux s'emplissent de poèmes déclamatoires sur les faits d'armes du passé, comme pour exorciser les contradictions entre le discours politique et les réalités quotidiennes. De ce décalage, Jean Sénac, tout en proclamant son attachement à l'utopie sociale, prend la mesure et dénonce les trahisons en route : "Il passe sur ce pays une froid de nord extrême". Après le coup du 19 juin 1965, qualifié de "redressement révolutionnaire", cette tendance à l'instrumentalisation de l'art trouvera sa pleine manifestation. Elle s'appuie sur deux facteurs : idéologique et technique. Au plan idéologique, se déploie un discours sur l'authenticité, le retour aux sources de la nation, appréhendées uniquement dans ses dimensions arabo-islamiques. Il s'agit de "récupérer" la personnalité nationale par la mise en œuvre d'un vaste processus d'arabisation, qui doit faire reculer la pratique de la langue française dans tous les aspects de la vie. Au plan technique, la monopolisation des moyens d'édition et de diffusion par l'Etat permet au pouvoir d'asseoir son contrôle sur toute publication. Une seule entreprise, la Société nationale d'édition et de diffusion, dispose des prérogatives d'impression et de diffusion des écrits dans toutes les disciplines. Si la censure n'existe pas officiellement, un "comité de lecture" anonyme décide de toute publication. Une littérature "sur commande" se met en place, qui favorise les versificateurs. Dans le catalogue des éditions, il est rare de trouver une œuvre notable, encore moins d'y voir figurer une œuvre des écrivains de talent qui ont émergé durant la guerre. Ni Mammeri, ni Dib, par exemple, qui publient à l'étranger. Le recueil posthume d'Anna Greki, Temps forts, parait à  ‘’Présence africaine’’(1966). A signaler une exception : Pour ne plus rêver, le premier recueil de poèmes de Rachid Boudjedra, aux Editions Nationales (1965) qui dira plus tard : "Comme j'ai été engagé et structuré très jeune dans la guerre d'Algérie, je n'ai pas de complexe à faire rendre gorge aux faiblesses du fait national algérien. J'ai évité aussi la littérature genre ancien combattant pompeuse et malhonnête. J'ai évité de tomber dans le piège de la littérature anticolonialiste comme l'ont fait de nombreux écrivains algériens parce n'ayant pas participé à la guerre, ils ont des complexes et essayent de se racheter une conscience". De façon générale, cette littérature dite nationale ne dépassera pas les frontières du pays et n'aura d'autre valeur que celle de fonctionner comme caution politique. Subventionnée, diffusée par le circuit des librairies étatiques, elle ne créera guère  l'événement littéraire. Dès lors que l'édition favorise les œuvres conformistes, les écrivains novateurs se tournent de plus en plus vers l'étranger pour éditer leurs œuvres. C'est ainsi que, coup sur coup, deux œuvres publiées en France opèrent une rupture fracassante avec la littérature consacrée officiellement : ‘’Le Muezzin’’, de Mourad Bourboune (Christian Bourgois, 1968) et La répudiation de Rachid Boudjedra (Denoël, 1969).Les deux titres cités plus haut sont présentés comme des romans. Mais, encore une fois, nous sommes en présence d'œuvres qui échappent à la classification traditionnelle des genres littéraires. A l'instar de ‘’Nedjma’’, ‘’Le Muezzin’’ et  ‘’La répudiation’’  tiennent davantage de la poésie tant dans leur écriture que dans leur construction. Le Muezzin, personnage principal du récit est un "porteur de parole" qui s'élève contre "la pensée fossile". Il vient apporter la perturbation dans l'unanimisme de la tribu qui s'enlise dans les villes. "Le fracas des armes s'est tu. C'est l'après-guerre : est-ce l'arrivée ?’’. Le Muezzin est seul, il doit mener le combat contre la ville, épuiser l'envers de la colonie. Le pays s'envase. Avec le Meddah, barde des mauvais jours, à coup de mélopées sauvages, de fureurs et de violences sacrilèges, il jette les bases de l'anti-Coran pour conjurer tout un grouillement de reptiles dans l'ombre neuve du drapeau" .La parole qui se fait entendre transgresse le code établi, dans la forme et le contenu, portée par une écriture décapante qui verse parfois dans le délire pour traduire le poids de l'hypocrisie sociale. Au cœur de la contestation brandie par le barde, la cible est la religion, "les phraseurs imbéciles qui hantent nos mosquées". Mourad Bourboune fait éclater le tabou religieux   qu'un retour au passé, à l'héritage ancestral, pose comme une vérité absolue qui ne souffre pas l'examen critique. A l'opposé de cet Islam qui a été "la source vivifiante qui a permis à tout un humanisme de naître, à la civilisation de s'enrichir". Pour renouer avec la vitalité du Message, il faut s'orienter vers "un pèlerinage païen", fonder une nouvelle parole subversive mais en vérité fidèle aux préceptes de la Parole primitive.
A.K.
 
                                                                                                        (À suivre)
 
 
 

Mémoire de sable

à Pierre Koehl

 

 

                Dans ma mémoire comme un petit éclat d’Eden reste fiché.

 

                                                         1

Mahmoud Darwich nous confiait avant le Grand Départ : « Celui qui écrit son histoire hérite la terre des mots, et possède/ le sens. Entièrement ». D’abord Aïn-Taya, le village natal, Maskat al ras, l’expression en arabe est d’une grande puissance évocatrice. On naît effectivement la tête la première, c’est là où le lien ombilical est coupé au sens propre du mot. La tête la première jetée dans son destin terrestre en provenance des profondeurs maternelles. D’une terre à l’autre. Ain-Taya, un certain 25 décembre du milieu du siècle dernier. Né dans un village colonial, au son peut-être des d’un you-you réprimé de la Grand-mère et celui certain des cloches de l’église annonçant la glorieuse Naissance de Sidna Aïssa, le Christ rédempteur… Ce village remonte au temps de la conquête coloniale. Et selon la chronique coloniale, ce n’était que fourrés et broussailles, un lieu-dit à trente kilomètres d’Alger, parsemé de palmiers-nains, inaccessible, La Rassauta. Faut-il penser que nul autochtone n’habitait les parages ? Une autre version de Terre promise… En ce lieu, sur trois mille hectares, est né donc le village, suite à un décret signé le 30 septembre 1853 par Louis-Napoléon Bonaparte, Empereur de France (qui fit au moins deux voyages en Algérie, la voulant érigée en Royaume arabe dans le giron français, dirigée par l’émir Abdelkader lequel refusa sa proposition…). Les premiers habitants furent des émigrants des îles Baléares, connus en tant que « Mahonnais ». Le mot fera fortune pour désigner un pain fameux, arabisé en Khobz maounis (pain mahonnais). Prospérant par l’agriculture, entourée de domaines coloniaux, la commune Ain-Taya, dans les années cinquante, était une sorte de quintessence du farniente colonial. La commune s’imposa très vite, et sans discontinuer jusqu’aux années 60, comme l’incontournable station balnéaire, prisée des Algérois… Les Tamaris sur la falaise, et tant de restaurants aux enseignes fleurant ouvertement les terroirs français: Le Bougainville, Le Chalet Normand, et toute la toponymie inspirée des corsaires des de France, imposée aux villages avoisinants : La Pérouse, Suffrën, Surcouf et j’en passe. Toponymie sourde au monde autochtone . Seul , le lieu-dit Aïn-Taya avait sauvé sa mise, peut-être au prix d’une déformation phonétique. Et du sens : Aîn-Teyr… La Source des oiseaux. Le signe et le signifiant d’une conquête par l’art de la toponymie .Pas une mosquée, pas un bain-maure. Il fallait se déplacer à Rouïba, le chef-lieu de circonscription. C’était un évènement : commanditer le taxi, préparer la famille au voyage : 7 kms de route à travers des orangeraies ! Senteurs de l’enfance, marques du lieu natal. Faire la part de l’épaisseur des choses, des parfums – et des poussières - d’un monde comme évaporé, et aussi des images éparses d’un chemin de vie mouvant. Ce grenadier sauvage, poussant contre toute attente dans le pré à l’abandon, livré aux chardons, est-il toujours debout ? Qu’est devenue la blonde petite Simone, la fille du voisin, et nos jeux de Sioux ? Un monde enfouit l’autre. » .L’église reconstruite tout en béton est aujourd’hui un gymnase. Le dernier curé du village, à l’indépendance, se fera alphabétiseur. Je l’ai retrouvé avec émotion en Occitanie du côté d’un village nommé Castelmourou qu’il prononçait avec malice. Après la mort de sa sœur Carmen, qui avait perdu son époux durant « les évènements d’Algérie », l’abbé Pierre. E., aveugle, se meurt dans un hospice moderne… « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ». Qui lit aujourd’hui « Consolation à M. du Perier sur la mort de sa fille » de François de Malherbe si ce n’est un ancien colonisé ? N’a-t-on pas dit que les morts commandent aux vivants ? Derrière les apparences paternalistes de l’ordre colonial, des ressorts moins hypocrites sont à l’œuvre. Aïn-Taya, c’était aussi le siège d’un camp pour un redoutable escadron de parachutistes. Ils pouvaient s’y adonner au repos du guerrier. Et Alger était à peine à trente kilomètres et encore plus proches brochettes de Fort de l’eau. Je me souviens de l’arrivée en classe de nouveaux camarades dont les familles avaient été déplacées, chassées de leurs villages de Kabylie et des Hauts-Plateaux déclarés « zones interdites ». Il me revient en mémoire l’allégresse démonstrative et indécente de colons chantant et dansant à l’annonce de la mort du « Loup de l’Akfadou » , comme le surnommait la presse algéroise, le mythique colonel Amirouche de l’armée de libération algérienne. Surcouf, dans ma mémoire, ce n’est pas seulement la longue plage au sable fin, mais une longue journée de terreur vécue à la dachra . Des troupes arrivant sans discontinuer, et s’abattant comme une noria terrifiante contre des moudjahidines refugiés dans un gourbi et résistant à mort les armes à la main .Répression atroce contre les villageois, et nous enfants et femmes acculés dans les fossés. Images à la Goya : des jeunes de 15 à 17 ans fusillés froidement, brûlés, les femmes courageusement recueillaient leurs dépouilles. Ain-Taya par les plages. C’était la mention que portaient certains autocars. Ain-Taya pour l’enfer, svp, cet été- 59 ! La vie a repris ses droits et imposé ses désenchantements. La nostalgie est là aussi. Mon ami, le distingué poète Jean-Claude Xuereb , quatre-vingt et un, natif des hauteurs d’Alger où il se lia d’amitié pour la vie à l’université avec l’écrivain et poète Jamal Eddine Bencheikh, écrit en 2012 son « Ultime adieu au pays » : ‘’Le seul nom de Surcouf plus que celui du corsaire de bois d’ébène évoque sous le regard intérieur de la mémoire les replis tourmentés et protecteurs d’une crique idéalisée en havre de l’enfance ‘’. 2 Ensuite les premières allégresses de l’indépendance. Que reste-t-il d’Aïn-Taya de ces moments, de la fête algérienne, des comités de gestion dans les anciens domaines coloniaux ? D’Aïn-Taya du football-roi du commun des mortels au Chef de l’Etat. Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante, venait au passage donner un coup de pied dans le ballon au stade municipal. La première femme cosmonaute du monde, la soviétique Valentina Tcherechkova passant (c’est ainsi que l’image remonte à ma mémoire) dans une voiture découverte et la population l’applaudissant à l’époque sans réserve… Qu’est devenu le Seigneur de la Mer, ainsi nommions-nous P’tit Bouguin, ce pêcheur artiste qui faisait aussi office de maître nageur durant la période estivale ? C’était un silencieux qui semblait ordonner par un effet de sa volonté les vagues de la mer. Je crois qu’il lisait à peine, il m’avait demandé un jour de lui lire un article du journal. Je ne sais d’ailleurs plus de quoi parlait cet article, sans doute d’un interminable conseil gouvernemental, dans le seul quotidien national de l’époque en langue française. Comme maître-nageur, P’tit Bouguin avait succédé, je crois à l’oncle, foudroyé au volant dans un accident avec sa « Quatre- chevaux » (Renault) au Ravin de la Femme Sauvage, à Alger. En ces années-là, l’auteur de Nedjma mettait au point à Surcouf, m’a-t-on dit plus tard, son Cercle des représailles. C’était au moment où nous découvrions, fascinés, la beauté de la langue française, par les soins d’un Alsacien, notre maître (comme on disait alors), Pierre Koehl. Une langue que nous pouvions aimer enfin, dans une Algérie indépendante, sans perdre notre âme… 3 Delon le poète persan Saadi, « la pensée reconnaît la pensée par-dessus le gouffre du temps ». Ainsi donc la mémoire est un long, un interminable voyage entre plusieurs rivages. Et le retour de mémoire est une tumultueuse remontée vers ce qu’il y a de plus irrécusable et en même temps de plus précaire dans les avatars d’une vie. Un entre-deux, pèlerinage aux sources- ou païen par ailleurs. Senteurs de l’enfance, entre basilic et jasmin s’élançant avec force de simples pots en terre rassemblés et peints à la chaux par la grand-mère, dans la petite cour. « Mimi », elle se prénommait Malika, la reine. Un personnage tout en ordre, penchant vers l’autoritarisme domestique pour diriger la tribu familiale en expansion. Elle trahissait rarement ses émotions. La vie était dure, pénible, et le grand-père si peu conformiste, taciturne, sortant parfois de son silence en lissant ses moustaches ottomanes après un détour vespéral. L’air gai et les poches pleines de bonbons pour les petits-enfants quand il s’était attardé …Curieusement, en vieillissant, Mimi est devenue plus fantasque que le grand-père, comme libérée de tant de devoirs et de comportements compassés. Facteur auxiliaire (et réfractaire, on peut le dire maintenant qu’il y a prescription, il refusait de livrer une part importante du courrier des colons que la grand-mère brûlait dans une discrétion absolue…) de son état, baroudeur aux Dardanelles, dont seule la moustache évoquait l’équipée de 14-18, est parti le premier à l’hôpital de Blida au bout d’une semaine n’ayant pu dépasser le chagrin de voir son fils mourir à 24 ans dans ses bras… Facteur auxiliaire (nonchalant et réfractaire, on peut le dire maintenant qu’il y a prescription, il perdait sur les chemins du courrier que des bonnes gens- analphabètes le plus souvent- ramassait avec respect… Mes grands-parents, étaient cousins germains (à l’époque on n’épousait qu’en famille), reposent aujourd’hui tous deux dans un coin de Bousakloul ; une sorte de cimetière marin qui a aussi son Brassens, un journaliste sportif qui parlait de football avec poésie. Dans ma mémoire fiché comme un petit éclat d’Eden. 4 Mémoire d’enfant, de tous les enfants, en dépit de la guerre, celle de ma génération. À l’orée de nos jeunes années, la guerre d’Algérie vécue à la fois dans une confuse conscience et des élans d’exaltation sur lesquels il était difficile de mettre un nom définitif. Naître au milieu d’un siècle et au carrefour d’une rupture du monde qui paraissait posé de toute éternité, cela pouvait relever d’un destin inédit… Plus de cinquante plus tard, un courrier m’est parvenu de la ville de Tours que je n’ai vue, que récemment, toujours hanté par les pages inimitables des romans de Balzac…Une dame de mon âge m’écrivait pour me demander des nouvelles de son village natal. Dans mon double exil, je n’habitais le lieu que dans le souvenir. Nous nous parlons aujourd’hui, locataires d’un commun exil. Dans le lieu de nos enfances, nous avons dû nous frôler, ombres fugitives du même pays, promis au départ, à la séparation. En dépit d’un certain paternalisme tantôt bon enfant, tantôt pesant, du respect, voire de l’amitié entre individus pouvait naître mais dans le monde colonial, les frontières étaient de mise en règle générale. Certes vers la fin des années cinquante, on n’était plus au spectacle décrit avec force dans un reportage par Camus dans Misères en Kabylie. Ce n’était plus le temps de la pancarte sur une plage : Interdit aux chiens et aux Arabes. Dans ma mémoire fiché comme un petit éclat d’Eden… 5 Entre les deux rives de la Méditerranée, la distance semble sidérale. Deux mondes parallèles vaquent dans une apparente indifférence à leur destin. L’exilé, lui, vit sur ces deux parallèles intérieures. Il est condamné à une sorte d’ubiquité. Ici et ailleurs. D’ailleurs et d’ici, une sorte de courant alternatif. Et puis une mémoire commune est là, affleurant en permanence. Un temps historique dont on ne peut se débarrasser avec des visas. Pour l’exilé, il faut, au moins, deux béquilles pour gérer au mieux à la fois un déracinement et un refuge. Or, heureusement que les oiseaux existent. Estimée à leurs ailes, la distance est dérisoire. À défaut d’être des oiseaux, les hommes ont inventé les aéronefs. Déjà, aux premières heures de la Conquête, dans la foulée du débarquement le 19 juin, le futur intendant général de Raynal écrivait, après la prise d’Alger : « Me voici donc dans cette ville fameuse qui avait fait le désespoir de l’Europe. » Si la conquête d’Alger ne profita pas longtemps à la Restauration, la ville fut une aubaine pour l’Empire. -Un siècle après l’arrivée de l’armada sous le commandement de l’amiral de Bourmont – Alger deuxième ville de l’Empire fut promu par un général en dissidence avec l’État français du maréchal Pétain : capitale de la France Libre… Les Algériens attendront encore leur libération, et gardent de l fête de la victoire du 8mai-45 un goût de cataclysme. Chaque saison a ses chroniques aux prismes divergents. Paris n’a pas la météo d’Alger. Les vents ne portent les mêmes noms : Simoun, sirocco. Et quand souffla un Josué numide le vent des Aurès, la cérémonie des adieux fut définitivement actée. Dans la réalité comme dans le souvenir, Alger se donne à voir différemment, selon la manière dont on l’aborde. La plus gratifiante et qui reste de loin la plus riche en découvertes, à la fois panoramique et dans le détail, est celle du bateau. D’autres l’on déjà dit avant moi. Et il me revient certains passages de littérature exotique dans le Maghreb en général, et l’Algérie libéra de fiévreuses inspirations. Eclat de mémoire : Maqâm Echahid, le Monument aux Martyrs et la figure géométrique à l’horizontale de l’hôtel Aurassi, ajouté sur la face d’Alger comme les signes de ponctuation d’un pays assumant sa souveraineté retrouvée. Avant d’aborder, le silence est d’autant plus frappant qu’il sera très vite comme pulvérisé par le tohu-bohu d’un déchaînement à la fois humain et métallique ; voici déjà le front de mer avec son architecture haussmannienne acclimatée sans vergogne à l’Afrique. Un instant de distraction, et l’on se croirait en bonne vieille “métropole”. Hors l’illusion, la réalité historique des lieux éclate au nez du masque européen, la Casbah, cette agglomération sophistiquée de maisons blanches, distribuées en stratifications laiteuses, aujourd’hui plutôt café au lait… Bruits montant crescendo comme d’un orchestre obscur qui, en s’amplifiant, donne la mesure d’un bouillonnement diurne cessant brusquement à la tombée du soir. Le blanc et le bleu semblent s’épouser maintenant dans un mystère à la carthaginoise… Alger, c’est aussi, et surtout, ses habitants, les personnages hauts en couleur, pittoresque, tantôt bavards, voire flagorneurs, tantôt taciturnes, épris de gravité et de mélancolie crépusculaire. Terre tragique et rebelle, irriguée par tant de sang fratricide. Je pense ainsi à un enfant de la Mitidja, Jean Pélegri , et sa « mère l’Algérie ». Rencontré dans la ville solaire d’Annaba, l’antique Hippone de Saint-Augustin et à Toulouse, la Florence du Sud-ouest français. « Aucun écrivain français d'Algérie, pied-noir comme on dit aujourd'hui sottement, n'a accepté comme il a fait l'Algérie tout entière et telle qu'elle était depuis toujours » à écrit à son propos Jean Daniel. De son poème Les paroles de la rose, « composé », a-t-il dit, « avec des phrases sorties de la bouche d’une vieille femme de ménage arabe, dont je parle dans Les Oliviers. C’est elle qui m’avait poussé à écrire ce livre. Elle était le peuple - le vieux peuple algérien avec sa douceur et son sourire. Elle était la poésie. Je ne lui ai servi que de kateb, c’est-à-dire d’écrivain public ». Vers brûlants et pathétiques : « Nous sommes tous fous, m’sieur Jean Dieu nous a tout donné La main pour caresser Et elle sert à tuer La grenade pour la bouche Et elle sert à mutiler La terre pour tapis Et elle sert à enterrer Pourquoi tout ça, m’sieur Jean ? Pourquoi ? Dieu nous a tout donné L’arbre pour son ombre Et il sert aux embuscades Le couteau pour l’orange Et il sert pour la gorge. ». Bien oublié sur les deux rives, Jean Pélegri. Aux deux extrêmes, pour ainsi dire, deux personnages tutélaires : le maître du Chaâbi (musique andalouse dans une déclinaison populaire avec des influences juives et berbères), dit Le Cardinal, (clin d’œil à Mgr Duval, le cardinal d’Alger avec lequel il avait en commun une haute stature ascétique ?) : El Hadj Mohamed Al Anka (le Phénix) qui donna à ce genre musical ses lettres de noblesse - et dont le chant hanta longtemps les longues nuits estivales d’Alger -qu’on vient de redécouvrir entre les deux rives comme témoignage et augure d’une fraternité possible-… Le second, Himoud Brahimi, dit “Momo”, recordman de nage sous-marine après la seconde guerre mondiale. Comédien de cinéma et de théâtre, homme de radio, chantre inlassable de la Casbah où il gardait la maison paternelle et qu’il voyait avec peine dépérir. Un autre amoureux d’Alger, le cinéaste Mohamed Zinet lui donnera le rôle de sa vie, celui du poète, ce qu’il était dans la vie, dans le film Tahya ya didou où il déclamait face à la mer : « Comme un cygne paré de toute sa blancheur dorée Le Soleil s’apprête à sortir de l’eau Il s’avance, immobile attendu par Léda. De très loin, le cygne te reconnaît, Et par une révérence ailée, il te salue. Et toi, mienne Casbah, Comme une jeune vierge de Botticelli qui attend tout de l’amour, Tu drapes ta nudité en baissant pudiquement tes paupières. » . Dans ma mémoire fiché comme un petit éclat d’Eden idéalisé… Toi, mienne Algérie. Abdelmadjid Kaouah Janvier 2012

dimanche 17 novembre 2013

Camus : Une passion à l’algérienne

Chronique des deux rives par Abdelmadjid Kaouah Camus : Une passion à l’algérienne
Tout réussit à Camus, post-mortem, entre les deux rives. Une biographie bienveillante signée par le sulfureux Michel Onfray ("L'ordre libertaire. La vie philosophique d'Albert Camus", Flammarion, 2011). Celui-même qui récemment mit en pièces Freud. Le Panthéon avait été requis pour Camus par le Chef de l’Etat français en personne. Et moins tonitruante mais hautement symbolique, la toute dernière nouvelle est venue de son pays d’origine, l’Algérie. Selon une indiscrétion journalistique, la maison située à Dréan, ex-Mondovi, dans l’actuelle wilaya d’El-Tarf, qui a vu naître Albert Camus, est en passe de sortir de son anonymat. A l’occasion du 52e anniversaire de la mort de l’auteur de « L’Étranger » une plaque en marbre sera dévoilée et sur laquelle on pourra lire : “Ici est né l’écrivain Albert Camus, prix Nobel de littérature.” On remarquera la subtilité de l’inscription. Aucune référence directe à sa nationalité. Ni Français ni Algérien. C’est l’universalité de Camus qui est ainsi mise en avant par son titre de Nobel. La littérature serait donc la vraie patrie des écrivains, pourrait-on conclure. En fait la filiation de Camus, de son parcours, de son « Combat » et de ses prises de position n’a jamais cessé d’alimenter les points de vue les plus divers et les plus tranchés. Et la controverse et la polémique n’ont jamais cessé. Et c’est justement à cause d’une phrase ambigüe à propos des « évènements d’Algérie », selon l’expression consacrée à l’époque (avant que la représentation nationale française reconnaisse enfin que c’était une guerre) lors d’une fameuse conférence de presse…Camus une passion algérienne ou à l’algérienne avant tout. Dans une « Lettre ouverte », en 1959, Taleb Ahmed El-Ibrahimi s’était adressé en ces termes à Albert Camus qu’il avait bien connu : « Si vous n’êtes pas certes notre maître à penser, du moins représentez-vous notre modèle d’écriture. La beauté de la langue nous émouvait d’autant plus que nous vous considérions comme l’un des nôtres. Nous étions de surcroît fiers que ce fils de l’Algérie eût atteint, solitaire, le rocher du succès. Pour la première fois, nous disions-nous, un écrivain algérien non musulman prend conscience que son pays, ce n’est pas seulement la lumière éclatante, la magie des couleurs, le mirage du désert, le mystère de la casbah, la féerie des souks, bref tout ce qui a donné naissance à cette littérature exotique que nous exécrions- mais que l’Algérie, c’est aussi et avant tout une communauté d’hommes capables de sentir, de penser et d’agir… ». Autant de lignes qui traduisent la ferveur de l’investissement placé en Camus. Et l’attente, en retour de sa part, d’un engagement sans faille dans le processus d’émancipation et de libération anti-coloniale des « fils d’Algérie ». La moindre dissonance au soleil algérien résonnait comme un divorce. Malentendu de Stockholm ? Dans une autre lettre destinée à Camus, deux ans plus tôt, et Kateb Yacine interpellait son « cher compatriote » dans ces termes: « Irons-nous ensemble apaiser le spectre de la discorde ou bien est-il trop tard ?...Exilés du même royaume nous voici comme des frères ennemis, drapés dans l’orgueil de la possession renonçante , ayant superbement rejeté l’héritage pour n’avoir pas à le partager. Mais voici que ce bel héritage devient le lieu hanté où sont assassinés jusqu’aux ombres de la Famille ou de la Tribu , selon les deux tranchants de notre Verbe pourtant unique. ».. Les Algériens savent que « l’enfant de Belcourt » avait parmi les premiers décrit et dénoncé la misère algérienne, circonscrit les méfaits du système colonial. On aura remarqué que Taleb-El Ibrahimi parle d’un « fils de l’Algérie » et que Kateb lui donne de « mon compatriote ». C’est plus tard , au soleil de l’indépendance que viendra la désaffection à l’égard de cet « étrange familier » et ensuite la suspicion au regard de certaines de ses chroniques algériennes , sur sa position sur la question de l’indépendance de l’Algérie. Celui qui avait, courageusement, à l’époque appelé à la « Trêve civique » et qui fut conspué, insulté, n’avait jamais oublié qu’il était issu de la communauté des Pied-noirs. En exprimant sa compassion et sa solidarité de principe avec les « autochtones », Camus « solitaire et solidaire », entendait aussi sauver sa propre communauté d’un naufrage historique vers lequel l’entraînaient les « Ultras ».De l’autre côté, comme on l’a vu ,plus particulièrement à travers les adresses de Taleb El-Ibrahimi et de Kateb Yacine, l’attente était forte, peut-être démesurée pour Camus ( avec lequel , faut-il le rappeler, Jean sénac, son fils spirituel , son « hijo » « rebelle » rompit avec lui avec fracas et douleur ). La déception fut assourdissante et donc passionnelle… Christiane Chaulet - Achour et Jean-Claude Xuereb , à la faveur d’un colloque sur Camus à Lourmarin , dans le sillage de l’Année de l’Algérie en France en 2003 écrivaient : « Des années de guerre à celles d'aujourd'hui, la position des intellectuels algériens - journalistes, essayistes et écrivains - a oscillé entre le rejet pour les positions du citoyen refusant l'expulsion ou la marginalisation de sa communauté dans une nouvelle configuration politique et la séduction jamais démentie pour une écriture faisant vibrer au plus sensible une Algérie que chacun ressentait comme sienne. Dans ce contexte passionnel et politique de la décolonisation, toute phrase venant de Camus prenait valeur symbolique et permettait aux uns et aux autres de le vilipender ou de le reconnaître. Bien des arguments vengeurs ont été alors émis dont se sont emparés les adversaires d'une francophonie prétendument destructrice de l'identité algérienne. ». Camus, une obsession algérienne ? Peut-on dire que L’histoire a fait son œuvre ? La mise à distance à la fois éclairante et apaisante a-t- elle rendu aux Algériens Camus plus « lisible », mieux audible ? En tous cas, Camus hante la littérature algérienne et le discours politique algérien jusqu’au président Bouteflika lequel, selon Jean Daniel, lui aurait récité des passages de « Noces » et lui a confié que la réaction de Camus (sa fameuse phrase en réponse à un étudiant algérien à Stockholm en 1957 : « j’aime la justice mais je défendrai ma mère avant la justice ».) prouve qu’il était un véritable enfant de l’Algérie et que, pour défendre sa mère, il aurait agi de même. C’était à la faveur d’un important colloque sur Albert Camus tenu à l'université d'Alger en 2005, impensable quelques années plus tôt. Sa pièce « Caligula », l’une des plus osées, montée par Stéphane Olivié Bisson a pu être donnée en Algérie il ya trois ans sans que le metteur en scène ne note de réactions particulières. On ne compte plus les ouvrages écrits par des Algériens sur Camus ou qui se mettent sous son emblème. Parmi les premiers à aller à la rencontre d’Albert Camus, l’écrivain d’origine oranaise, Abdelkader Djemaï avec Albert Camus à Oran, préface d’Emmanuel Roblès (Michalon, 1995) évoque les déambulations de Camus dans cette ville qui selon lui « tourne le dos à la mer « et « qui s’est construite en tournant sur elle-même, à la façon d’un escargot.». Une quelconque sous-préfecture que distinguent cependant deux lions de marbre sculptés par un certain Caïn et lesquels « la nuit, (…) descendent l’un après l’autre de leur socle, tournent silencieusement autour de la place obscure, et, à l’occasion, urinent longuement sous les grands ficus poussiéreux. Ce sont, bien entendu, des on dit auxquels les Oranais prêtent oreille complaisante » écrit Camus dans Le minotaure ou la halte d'Oran. Oran a aussi servi de cadre à « La Peste »... Suivront , pêle-mêle, de Alek Baylee Toumi : « Madah-Sartre: Le kidnapping, jugement et conver(sat/s)ion de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir mis en scène par les islamistes du Groupe International Armé , (Marsa, 1996); la lettre d’amour de Maissa Bey : « L’ombre d’un homme qui marchait au soleil » (éditions du Chèvrefeuille étoilée, 2004).Plus récemment, le dernier roman de Boualem Sansal, « Rue Darwin » a fait l’objet d’une approche comparée avec « L’étranger » (Sansal ou la tragédie camusienne de "L’Etranger,(In « Forum Free Algérie »). L’auteur du « Serment des Barbares » s’en explique lui-même : "II y a des rapports avec tout et des résonances partout. Camus habitait Belcourt, au 93 rue de Lyon, à deux pas de la rue Darwin. Sa mère était aphasique. Eux aussi étaient de deux mondes. Toute sa vie Camus était dans la souffrance de ne pas pouvoir échanger avec sa mère. Que se seraient-ils dit, Camus lui-même ne le savait pas. Il était dans le même rapport complexe avec le pays (comment le nommer d’ailleurs : Algérie, France, Algérie française, Algérie algérienne ?). Il l’aimait tant, mais pourtant il le quitte et n’y revient jamais, sauf un court moment en janvier 56 pour lancer son appel à la trêve civile. Le rapport est évident une fois qu’on le dit. Yazid et Camus sont deux étrangers, non pas seulement à leur famille et leur pays mais à eux-mêmes. Pour être soi-même il faut être dans sa vérité, en paix avec elle. Ce n’était le cas ni pour l’un ni pour l’autre.". Hamid Grine, romancier algérien, après Gide et son café, nous donne à découvrir, dans la nouvelle maison d’édition Après la lune fondée en France parYasmina Khadra :« Camus dans le narguilé » -que nous n’avons, hélas pas encore lu. Selon la présentation, qui en a été faite dans les médias, il s’agirait cette fois non pas de la problématique maternelle mais de l’ombre portée de l’hypothèse du père…Camus avait écrit à propos des deux : « Les hommes et les femmes, ou bien se dévorent rapidement dans ce qu’on appelle l’acte d’amour, ou s’engagent dans une longue habitude à deux. Entre ces extrêmes, il n’y a pas de milieu » En 2003, des écrivains algériens s’était retrouvés pour une sorte de réunion de famille à Lourmarin à la double initiative de l’association qui était présidée par le poète et essayiste Jean-Claude Xuereb * (natif des hauteurs d’Alger, ami de jeunesse du regretté Jamal Eddine Bencheikh et qui connut Camus à 17 ans). Loin de l’atmosphère des procès en sorcellerie mutuels, le « spectre de la discorde » semblait définitivement enterré avec Catherine, sa fille, qui ouvrit aimablement la porte de la maison de Lourmarin au groupe d’écrivains qui prenait part au colloque sur « les écritures algériennes » de Camus. Avec le voyage de Lourmarin, c’était comme un retour métaphorique de Camus au pays, en Algérie son pays. Le Panthéon de ses origines. Que de chemin parcouru pour tout à la fois une meilleure compréhension de péripéties tragiques - dont les fractures n’ont pas fini d’agiter, il faut le reconnaître, les enjeux de la mémoire et de l’histoire entre les deux rives-. C’est pourquoi, j’ai pris le téléphone pour annoncer la nouvelle de la plaque commémorative de Dréan (à Jean-Claude Xuereb , aujourd’hui âgé de 81 ans et qui écrit depuis Avignon, ses « ultimes » , me dit-il, paroles d’avenir. Dans notre prochaine chronique, nous revisiterons avec lui le « rêve méditerranéen » qui a soufflé sur les rivages de l’Afrique du Nord , dès les années trente. Et j’ai une pensée pour Catherine qui m’a fait découvrir la tombe de son père et de sa mère réunis dans le cimetière de Lourmarin où Camus avait retrouvé en quelque sorte l’Algérie. A.K. _________ Aux titres cités, il faudrait ajouter les toutes dernières parutions consacrées à Camus : Le dernier été d'un jeune homme’ Flammarion) de Salim Bachi ; Meursault, contre-enquête (Barzakh) de Kamel Daoud et Aujourd’hui Meursault est mort, Rendez-vous avec Albert Camus (Amazon) de Salah Guemriche. *Une confusion regrettable nous a fait omettre qu’à l’époque c’était Andrée Fosty qui présidait les destinées Les Rencontres Méditerranéennes Albert Camus